Difficile d’échapper à la fascination de la sérénade romantique ! Sans doute parce qu’elle entre en résonance directe avec nos instincts sensoriels les plus enfouis et nos aspirations intimes.

En se métamorphosant, à la fin du XVIIIème siècle, la sérénade « classique », a abandonné les extérieurs nocturnes et la fonction sociale de divertissement qui lui étaient dévolus, pour devenir un vecteur d’expression psychologique et poétique. L’esprit romantique qui emplit alors l’air du temps ne se satisfait plus de ses extraversions légendaires si brillamment servies par Haydn et Mozart. Il réclame sa part d’introspection, de rêve, de secret. La nuit n’est plus seulement lieu de fêtes et d’intrigues amoureuses, la solitude, le mystère et la mélancolie y revendiquent leur place.
La salle de concert a supplanté la table de banquet, et le velouté des cordes a relégué au silence les pizzicati acides de la mandoline. Aux formats généreux et festifs de la période classique se substituent des textures instrumentales resserrées, homogènes et chaleureuses, naturellement portées vers l’intimité — qualités que Brahms, Dvorák et Tchaïkovski illustrent avec le plus grand bonheur, sans oublier Max Bruch, compositeur de premier rang que la postérité n’a pas traité à la hauteur de son talent.
Max Bruch
Cologne 1838 – Berlin 1920

Malgré une production de plus de deux cents œuvres, le nom de Max Bruch est seulement connu pour son célébrissime premier Concerto pour Violon et son très émouvant Kol Nidrei (Adagio sur des mélodies hébraïques) ; certains ajouteront peut-être à cette trop courte liste sa magnifiquement romantique Fantaisie écossaise.
Parmi la foule des pièces méconnues, deux Sérénades :
La Sérénade en la mineur op.75 de 1899 : œuvre de maturité, lyrique par la voix quasi concertante portée par le violon au travers d’une solide structure orchestrale. Et, comme souvent chez Bruch, un goût affiché pour le folklore des pays du Nord.
La Sérénade sur des mélodies du folklore suédois de 1916 (interprétée ici par le Hilaris Chamber Orchestra) : Cinq mouvements plus modestes pour ensemble à cordes – dans le style typique du romantisme tardif allemand – d’environ une quinzaine de minutes, que le compositeur écrit dans les dernières années de sa vie, à 78 ans.
Affecté par la guerre et dépassé par le modernisme de la Deuxième École de Vienne Bruch choisit de se tourner vers une forme d’expression plus nostalgique et reprend la partition d’une suite composée en 1906 pour proposer cette séduisante évocation de la beauté humble et intemporelle des thèmes populaires d’Europe du Nord qui lui sont chers.
« Sérénade sur des mélodies populaires suédoises » (op. posth.)
Hilaris Chamber Orchestra
Alan Vizváry (Direction du violon)
I/ Marsch — Allegro moderato : marche d’ouverture noble et mesurée, inspirée de la marche du couronnement du roi de Suède, Charles XII (vers 1700)
II/ Andante : mouvement lent lyrique, le plus chantant de l’ensemble
III/ Allegro : page vive et populaire, d’un caractère dansant affirmé
IV/ Andante sostenuto : second mouvement lent, plus intérieur et mélancolique
V/ Marsch — Allegro moderato : reprise de la marche initiale pour refermer l’œuvre par un effet de symétrie, manière de salut à la tradition sérénadière.
