La « Sérénade pour cordes en mi majeur » – op. 22 de Dvořák est sans doute l’une des plus lumineuses pépites qui aient été offertes à la musique romantique tchèque.
En ce début d’année 1875, ce jeune altiste de trente-trois ans, Antonin Dvorák, tout juste récompensé par une bourse d’état, bien peu connu hors des frontières de Bohème, n’imagine évidemment pas la célébrité promise au grand compositeur qu’il va devenir, ni les difficiles épreuves que la vie lui prépare. Il écrit en quelques jours seulement, cinq mouvements enchantés pour instruments à cordes.
Tout dans cette œuvre est grâce, sourire, bonheur de vivre et fraîcheur mélodique. Idyllique et paisible la musique de la Sérénade coule avec aisance et naturel dans un élan d’immédiateté. Une irrésistible invitation au bonheur simple de l’instant.
Chacun comprendra vite pourquoi la « Sérénade en mi majeur » est l’une des œuvres les plus populaires du compositeur, devenue un modèle du genre, au risque, parfois, d’être négligée pour avoir été trop écoutée…

Antonin Dvorák 1841-1904
« Sérénade pour cordes en mi majeur » – op. 22
Netherlands Chamber Orchestra / Nederlands Kamerorkest
Direction du violon par Gordan Nikolić
Peut-être pourrait-on se laisser aller au plaisir de faire aussi de cette « Sérénade » une suite picturale : l’oreille et l’œil, un beau couple !
I/ Moderato

A l’instar de la douceur pastorale qui traverse, au rythme paresseux de la rivière, le tableau de Levitan, la caresse soyeuse des cordes de ce premier mouvement convie à une profonde et sereine introspection. Entend-on ce thème pour la première fois qu’étrangement il s’impose à la mémoire comme une musique heureuse depuis longtemps aimée.
II/ Tempo di valse

Un mouvement de valse des plus élégants, inoubliable, dans lequel se mêlent à loisir prestige viennois et mélancolie slave. Cette valse séduira un public si large qu’elle finira par faire seule sa propre carrière.
III/ Scherzo – Vivace

Espièglerie et rusticité pour ce mouvement enlevé où les énergies se débrident à l’instar d’une danse paysanne un jour de marché en Bohème. Les rythmes d’inspiration populaire, la gaité simple et entrainante ainsi que la vigueur campagnarde de ce « scherzo » témoignent du grand plaisir – avoué – qu’a pris le compositeur à l’écriture de cette « Sérénade ».
IV/ Larghetto

Les joyeuses festivités ont pris fin. Le temps est venu de l’intériorité, de la rêverie, de la méditation, du recueillement peut-être. Moment solitaire, sans tristesse, pendant lequel s’exposent sans fard mais pas sans pudeur les sentiments…
V/ Finale – Allegro vivace

Avec ce dernier mouvement, terminant le cycle, revient la lumière du mouvement initial. Si les effusions joyeuses se sont un instant apaisées pour laisser place à un peu d’intériorité, la gaité dansante reprend ses droits.
« Allegro vivace » ! Le tempo est donné. Un soleil éclatant illumine la Bohème heureuse si chère à ce brillant compositeur.
🎼
ADDENDUM
Dvorák, quelques années plus tard, en 1878, composera une nouvelle sérénade, pour instruments à vent. L’esprit de cette nouvelle œuvre est très différent, le compositeur, en hommage à Mozart et à la grande tradition de la musique pour vents, ayant choisi une formation instrumentale tout à fait comparable au type d’harmonie qui régnait dans les cours et les jardins viennois du XVIIIème siècle.
Cette « Sérénade pour vents en ré mineur » – opus 44 affirme encore plus son identité bohémienne mais abandonne le caractère enjoué de son aînée pour une atmosphère plus profonde et méditative. En atteste la tonalité choisie (ré mineur) qui porte en elle-même cette intention de gravité. Il faudra attendre les rythmes sautés de l’Allegro molto du finale pour que s’estompe ce caractère cérémonieux.
Sérénade pour vents en ré mineur » – opus 44
Tonhalle-Orchester Zürich
Direction Paavo Järvi
I/ Moderato quasi marcia
II/ Menuetto
III/ Andante con moto
IV/ Finale : Allegro molto
