Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?
Baudelaire – « Hymne à la beauté » (« Les Fleurs du Mal »)
La jeune et talentueuse soprano égyptienne Fatma Said, accompagnée au piano par l’excellent Roger Vignoles, chante une des « Canciones clásicas españolas » écrites par le compositeur catalan Fernando Obradors entre 1920 et 1940 :
Del cabello más sutil…
Del cabello más sutil Que tienes en tu trenzado He de hacer una cadena Para traerte a mi lado. . Una alcarraza en tu casa, Chiquilla, quisiera ser, Para besarte en la boca, Cuando fueras a beber.
Du cheveu le plus délicat…
Du cheveu le plus délicat Qui se glisse dans ta tresse, Je veux tramer une chaîne Pour te ramener près de moi. . Une cruche dans ta maison, Mon enfant, je voudrais être, Pour t’embrasser sur la bouche Lorsque tu y viendras boire.
Marianela Nunez – « Nela » (film de Andy Margetson )
C’est décidé ! Je vais, à mon tour, (pourquoi pas ?) vous donner quelques conseils – très simples, évidemment – pour surmonter positivement les peines de votre confinement :
– Commencez par vider votre garage. Complètement. Plus de voiture, certes, mais tout le reste doit disparaître (l’établi, la caisse à outils, la tondeuse à gazon, la trottinette de votre cadette, les vélos, la table de tante Amélie destinée au prochain vide-grenier, etc…). Tout !
– Installez sur les murs tous les spots électriques que vous trouverez dans la maison.
– Réquisitionnez, sans prêter attention aux manifestations de votre aîné, la « Go-Pro » avec laquelle il filme ses fameuses cascades en « skate-board » qui vous énervent tant. Ce sont vos performances qu’elle enregistrera pour la circonstance.
– Buvez un grand verre d’eau et enfilez votre body.
– Sur votre application musicale favorite lancez le titre de Nina Simone, « Feeling good ». Positif, non ? Montez le son à fond !
Et voilà, c’est à vous. Dansez, dansez, dansez…!
Je suis sûr que vous vous sentirez bien… Bien courbatue…
Si le film de votre prestation ressemble, peu ou prou, au modèle que je vous ai choisi, n’hésitez pas à l’envoyer sans tarder aux directeurs artistiques des plus grands ballets du monde. Je vous garantis une carrière internationale de danseuse étoile dans les plus brefs délais…
Vous en rêvez, n’est-ce pas ? Et ça, c’est positif ! 😉
All the best !
P.S. L’immense Marianela Nunez a commencé, dans son jeune âge, ses premiers exercices de danse dans le modeste garage familial, faute de mieux.
* * *
Birds flying high, you know how I feel Sun in the sky, you know how I feel Breeze driftin’ on by, you know how I feel
It’s a new dawn
It’s a new day It’s a new life for me, yeah It’s a new dawn And I’m feeling good
I’m feeling good !
Les oiseaux volent haut, tu sais ce que je ressens Le soleil dans le ciel, tu sais ce que je ressens La brise caresse mon visage, tu sais ce que je ressens
C’est une nouvelle aube C’est un nouveau jour C’est une nouvelle vie pour moi, oui C’est une nouvelle aube C’est un nouveau jour C’est une nouvelle vie pour moi, oh Et je me sens bien
Les poissons dans la mer, tu sais ce que je ressens La rivière coule librement, tu sais ce que je ressens Les arbres en fleurs, tu sais ce que je ressens
C’est une nouvelle aube C’est un nouveau jour C’est une nouvelle vie pour moi
Et je me sens bien
Une libellule au soleil, tu sais ce que je veux dire, n’est-ce pas ? Les papillons s’amusent tous, tu sais ce que je veux dire Dormir en paix une fois la journée finie, c’est ça que je veux dire Et ce vieux monde est un nouveau monde Et un monde audacieux, à mes yeux
Des étoiles quand tu brilles, tu sais ce que je ressens L’odeur des pins, tu sais ce que je ressens Oh, la liberté m’appartient Et je sais ce que je ressens
C’est un nouveau rêve
C’est un nouveau jour C’est une nouvelle vie pour moi
La guitarra hace llorar a los sueños. El sollozo de las almas perdidas se escapa por su boca redonda. Y como la tarántula, teje una gran estrella para cazar suspiros, que flotan en su negro aljibe de madera.
La guitare fait pleurer les songes. Le sanglot des âmes perdues s’échappe par sa bouche ronde. Et comme la tarentule, elle tisse une grande étoile pour chasser les soupirs qui flottent dans sa noire citerne de bois.
Traduction : Pierre Darmangeat
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Restée interdite pendant des siècles, la Zambra (traduction : "fête") est une tradition de danse et de musique espagnole aux racines multiples, maures, séfarades et gitanes. Espagnole à l'origine, la Zambra reçoit son qualificatif de "mora" (maure) lorsque les arabes et les berbères l'adoptent, entre le IXème et le XVème siècles, à l'occasion des festivités – plus particulièrement les mariages – qu'ils organisent. Les populations juives séfarades, souvent de langue arabe, et partageant avec les maures la même fuite vers les campagnes et les montagnes devant la conversion du pays au christianisme, l'adoptent également. Les gitans, persécutés eux aussi, réinventent cette tradition musicale lors de leur arrivée en Andalousie, à la fin du XVème siècle.
La Zambra Mora (ancêtre du Flamenco) se danse habituellement les pieds nus avec une jupe souple et généreuse, à volants, exprimant par des mouvements très proches de la danse du ventre, la sensualité passionnée de ces peuples opprimés dont elle est, d'une certaine manière, devenue un emblème.
Première diffusion sur « Perles d’Orphée » le 26/12/2012
« Vous cherchez du côté du plus grand… C’est tellement plus simple : J’attends le printemps. Ce que j’appelle le printemps n’est pas affaire de climat ou de saison. Cela peut surgir au plus noir de l’année. C’est même une de ses caractéristiques : Quelque chose qui peut venir à tout moment pour interrompre, briser – et au bout du compte, délivrer.
Le printemps n’est rien de compréhensible – c’est même ce qui lui permet de tenir dans trois fois rien – un bruit, un silence, un rire.
Il se moque de conclure. Il ouvre et ne termine jamais. Il est dans sa nature d’être sans fin.
Ce que j’appelle le printemps ne va pas sans déchirure. C’est une chose douce et brutale. Nous ne devrions pas être surpris de ce mélange. Si nous le sommes, c’est que la vie nous rend distraits. Nous ne faisons pas assez attention.
Si nous regardions bien, si nous regardions calmement, nous serions effrayés par la souveraineté de la moindre pâquerette : elle est là, toute bête, toute jaune. Pour être là, elle a dû traverser des morts et des déserts. Pour être là, toute menue, elle a dû livrer des guerres sans pitié.
Ce que j’appelle le printemps est une chose du même ordre…
Dans le printemps, rien de tranquille ni de gagné d’avance. Lorsqu’il arrive, nous ne nous y retrouvons plus. Presque rien n’a changé et ce presque rien change tout.
Nous nous accoutumons trop vite à ce que nous avons.
Dieu merci, le printemps vient remettre du désordre dans tout ça. Nous découvrons que nous n’avons jamais rien eu à nous, et cette découverte est la chose la plus joyeuse que je connaisse. »
Christian Bobin (in « L’équilibriste » – Éditions Le temps qu’il fait – 1998)
Pendant ce temps-là, notre mauvais génie travaillait à nous perdre. Nous étions dans le délire du plaisir, et le glaive était suspendu sur nos têtes.
Abbé Prévost – Manon Lescaut
Pendant les quelques semaines qui suivent leur première rencontre foudroyante dans cette sordide auberge où ni l’une ni l’autre n’auraient dû se trouver, les deux jeunes amants choisissent de se cloîtrer dans l’appartement parisien que loue Des Grieux pour abriter la passion naissante qu’il partage avec la charmante et volage Manon. Le jeune couple, qui vient d’abandonner le fou projet d’un mariage, s’active à « frauder les droits de l’Église » de la plus belle des manières…
De la plus belle des manières chorégraphiques, ainsi qu’en 1974 Kenneth MacMillan, alors directeur artistique du Royal Ballet de Londres, avait écrit et monté pour la première fois ce joyau emblématique de la danse classique :
Marianela Nuñez (Manon) et Federico Bonelli (Des Grieux) partagent ce confinement aussi passionné qu’aérien sur la scène du Royal Opera House :
Est-il instant plus pathétique que celui qui enferme dans la furtive extase d’un baiser d’amour le sourire de la grâce et la noblesse des corps ?