
Une interprétation et une illustration très personnelles de ce poème d’Yvan Goll :
‘ Le cultivateur ‘
Dans le contexte de la fin des années 1930 marqué par la montée des totalitarismes et l’angoisse d’une catastrophe imminente, l’image du cultivateur, traditionnellement symbole de vie et de fertilité, est détournée par la sensibilité prophétique du poète.
Prémonition, le poème – comme le recueil qui le contient – annonce déjà la moisson de mort que le siècle ne va pas tarder à récolter.
Le cultivateur
J’ai planté des comètes
Et semé la graine d’étoiles
Dans les champs vierges
J’ai bâti ma maison d’aérolithes
Et regardé par la lucarne
Tourner le monde autour de moi
J’ai bu le vin tonique de midi
Et rôti sur les branches du bouleau
Les fines alouettes
Assaisonnées aux cœurs d’œillets
Les prairies rendaient l’âme
Les pivoines pâmées éparpillaient leur sang
La rose des vents s’effeuillait
Les truites roses captivées se suicidaient
J’ai longtemps attendu le plus grand jour
Où la moisson des astres
M’élèverait au rang des dieux
Mais déjà durcissent mes mains
Mes yeux se vident
Mes dents pourrissent
La terre tourne en moulant sa poussière
in « Métro de la mort » - 1936
