Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
*La musique n’est pas compréhension ; elle est ravissement !
A l’occasion d’une de ses émissions de la série « Una Giornata Particolare » (Une journée particulière) qu’il anime depuis plusieurs années sur la chaîne de télévision italienne LA7, l’écrivain et journaliste Aldo Cazzullo demande au grand directeur d’orchestre Riccardo Muti qui, selon lui, a donné la plus belle définition de la musique.
– ‘Dante Alighieri’ ! répond spontanément le Maestro. Et confirme son choix par quelques vers du Chant XIVdu « Paradis », qu’il éclaire d’une courte précision édifiante.
Tout n’a-t-il pas déjà été dit bien avant nous ?
E come giga e arpa, in tempra tesa di molte corde, fa dolce tintinno a tal da cui la nota non è intesa,
così da’ lumi che lì m’apparinno s’accogliea per la croce una melode che mi rapiva, sanza intender l’inno.
Dante – « Paradiso » – Canto XIV
Et comme gigue et harpe, en une harmonie de cordes tendues, font doux tintement pour celui qui ne comprend pas les notes,
ainsi des lumières qui m’étaient apparues coulait par la croix une mélodie qui me ravissait sans que j’en comprenne l’hymne.
A la naissance d’un enfant, si sa mère demandait à sa bonne fée de le doter du cadeau le plus utile pour lui, ce cadeau serait la curiosité.
Eleanor Roosevelt
L’enfance : l’enfer des questions.
Mais qui, des parents chargés d’y répondre ou de l’enfant à la curiosité insatiable, en subit des affres la plus grande oppression ?
Pour aborder un aussi sérieux sujet on pourrait aller chercher théories et conseils les plus éclairés chez Jean-Jacques Rousseau, chez Freud, Mélanie Klein, Bruno Bettelheim ou autre Françoise Dolto… Pas sûr, chers parents, que vous ne vous arrachiez pas les cheveux.
Ou bien – et ce serait nettement plus « funny » – swinguer, léger, avec ce standard du Jazz très inspiré du quotidien,
« Dat Dere »,
composé en 1960 par le pianiste Bobby Timmons, et pour lequel Oscar Brown Jr. a écrit les paroles… non sans l’aide de son fils…
Un jeune garçon harcèle son père de questions de toutes natures « : Hé papa pourquoi ceci ? Comment cela ? Je voudrais bien ce gros éléphant-là… ! » .
Karmen Rõivassepp est cet enfant à la voix pointue qui ne cesse de questionner :
« Dat Dere »
Et qu’est-ce que ça fait là ? Hé papa, ici ! Papa, hé regarde ça là-bas ! Et qu’est-ce que ça fait là ? Et où vont-ils là-bas ? Et papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
Qui est-ce sur ma chaise ? Et qu’est-ce qu’il fait là ? Papa, ici ! Papa, je peux y aller ? Hé papa, qu’est-ce qui est carré ? Et où prend-on de l’air ? Et papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
— Arrête de parler ! Il n’y a plus rien ici ! Pour toujours réussir à savoir qui, pourquoi et où ! Arrête ça, mon enfant ! Parfois, il faut trier les questions !
Et papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
Je ne veux pas me coiffer Et où est mon ours en peluche ? Papa, ici ! Regarde le cow-boy qui vient là-bas ! J’pourrais avoir une paire de bottes comme lui ?
Et Papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
— Le temps passera Les jours passeront Et le petit garçon va grandir Je dois lui dire ce qu’il doit savoir Je vais l’aider Pour qu’il soit fort Et il saura différencier le bien du mal
— Alors que la vie défile bon train Il aura besoin de savoir pourquoi Je n’ai pas toutes les réponses Mais je ferai du mieux que je peux Je vais faire de lui un homme, c’est vrai Parce que tu donnes le meilleur de toi-même à l’enfant Et j’espère qu’il passera les épreuves
Papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
Hé, pourquoi font-ils ça là-bas ? Et comment tu mets ça là ? Hé papa, ici ! Hé papa, qu’est-ce qu’ils disent là-haut ? Hé papa, qu’est-ce qui est juste ? Pourquoi dois-je partager ?
Et papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
Mais « standard » du jazz disions-nous ? Alors légende oblige !
« Dat Dere » par la crème des musiciens de jazz des années 1960 :
Art Blakey et les Jazz Messengers :
Batterie : Art Blakey Bass : Jymie Merritt Piano : Bobby Timmons Saxophone Ténor : Wayne Shorter Trompette : Lee Morgan
Le mystère des choses, où donc est-il ? Où donc est-il, qu’il n’apparaisse point pour nous montrer à tout le moins qu’il est mystère ? Qu’en sait le fleuve et qu’en sait l’arbre ? Et moi, qui ne suis pas plus qu’eux, qu’en sais-je ? Toutes les fois que je regarde les choses et que je pense à ce que les hommes pensent d’elles, je ris comme un ruisseau qui bruit avec fraîcheur sur une pierre.
Car l’unique signification occulte des choses, c’est qu’elles n’aient aucune signification occulte. Il est plus étrange que toutes les étrangetés et que les songes de tous les poètes et que les pensées de tous les philosophes, que les choses soient réellement ce qu’elles paraissent être et qu’il n’y ait rien à y comprendre.
Oui, voici ce que mes sens ont appris tous seuls : – les choses n’ont pas de signification : elles ont une existence. Les choses sont l’unique sens occulte des choses
Fernando Pessoa 1888-1935
In
« Le gardeur de troupeaux et les autres poèmes d’Alberto Caeiro »
Traduit du portugais par Armand Guibert
Editions Gallimard, 1960
O mistério das cousas, onde está ele? Onde está ele que não aparece Pelo menos a mostrar-nos que é mistério? Que sabe o rio disso e que sabe a árvore? E eu, que não sou mais do que eles, que sei disso? Sempre que olho para as cousas e penso no que os homens pensam delas, Rio como um regato que soa fresco numa pedra.
Porque o único sentido oculto das cousas É elas não terem sentido oculto nenhum, É mais estranho do que todas as estranhezas E do que os sonhos de todos os poetas E os pensamentos de todos os filósofos, Que as cousas sejam realmente o que parecem ser E não haja nada que compreender.
Sim, eis o que os meus sentidos aprenderam sozinhos: — As cousas não têm significação: têm existência. As cousas são o único sentido oculto das cousas.
Nadia Tuéni ne cesse de renaître. Son œuvre qui dure et se prolonge sera de plus en plus écoutée, entendue. A travers les vibrations d’une voix qui exprime cruautés et splendeur, à travers la ferveur d’une parole qui creuse un chemin essentiel dans nos mémoires, elle demeure et demeurera présente : Je vis dans les mémoires qui fuient lucides un été incertain.
Andrée Chedid
Chaque histoire est l’histoire d’une seconde d’hésitation.
Nadia Tuéni
Nadia Tuéni (Liban 1935-1983)
Extrait de « Poèmes pour une histoire » (1972)
Musique : John Williams – Thème du film « La Liste de Schindler »
Ils sont morts à plusieurs C’est à dire chacun seul sur une même potence qu’on nomme territoire leurs yeux argiles ou cendres emportent la montagne en otage de vie.
Alors la nuit la nuit jusqu’au matin puis de nouveau la mort et leur souffle dernier dépose dans l’espace la fin du mot. Quatre soleils montent la garde pour empêcher le temps d’inventer une histoire.
Ils sont morts à plusieurs sans se toucher sans fleur à l’oreille sans faire exprès une voix tombe : c’est le bruit du jour sur le pavé.
Crois-tu que la terre s’habitue à tourner ? Pour plus de précision ils sont morts à plusieurs par besoin de mourir comme on ferme une porte lorsque le vent se lève ou que la mer vous rentre par la bouche…
Alors ils sont bien morts ensemble c’est-à-dire chacun seul comme ils avaient vécu.
∞
Résumé biographique publié sur
'Perles d'Orphée' le 14/12/2012
Née au Liban d’un père diplomate et écrivain de religion druze et d’une mère française, Nadia Hamadé fréquente, jeune, à Beyrouth, les sœurs de Besançon puis la Mission laïque française. Son père, Mohamad Ali Hamadé, devenu ambassadeur à Athènes, l’y inscrit au lycée français.Se destinant à la profession d’avocat, elle arrête ses études de droit pour devenir, en 1954, Madame Tuéni. Son époux, Ghassan Tuéni, journaliste et député, occupera, entre 1977 et 1982 le poste d’ambassadeur du Liban à l’ONU. De ce mariage naîtront deux garçons et une fille, Nayla.Frappée à l’âge de sept ans par un cancer fatal, Nayla meurt, laissant une irréparable cicatrice au cœur de sa mère. Ce drame conduira Nadia à la création poétique ; en 1963 paraît « Les textes blonds », son premier pas dans l’univers de la poésie. Chaque vers porte l’empreinte de la douleur d’une mère. Souffrance redoublée, Nadia sera elle-même victime d’un mal comparable à celui qui emporta Nayla.Avec son second recueil, paru en 1965 aux Éditions Seghers, « L’Âge d’écume », Nadia trouve la reconnaissance du monde francophone.La parution des « Poèmes pour une histoire » en 1972 lui apporte la consécration lorsque l’année suivante elle se voit décerner le prix de l’Académie Française. Elle obtiendra ensuite deux distinctions notables, décorée de l’ordre de la Pléiade et de l’ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures.Nadia Tueni trouve ses racines profondes dans cette terre du Liban, œil continuellement ouvert sur le Moyen-Orient déchiré. Cette terre c’est son lieu, un « Arrière-Pays », comme elle l’écrira, qui porte la marque du sacré. Elle lui consacrera en 1979 un recueil de poèmes, « Liban : 20 poèmes pour un amour ». Beyrouth, Saïda, Baalbeck, et tant d’autres régions y reçoivent l’infinie caresse de sa sensualité.Et toujours, derrière ce style déferlant, en forme de vague, sans ponctuation, où le rythme occupe une place de premier plan, se faufilent, inéluctablement, la dualité de sa culture et la lourde nécessité de l’exil. (Nadia Tueni a aussi écrit des poèmes en arabe).En 1982, paraît « Archives sentimentales d’une guerre au Liban », et en 1984, aux Editions Belfond, le recueil posthume, « La terre arrêtée ».Son cancer aura triomphé d’elle en 1983.
On le voit derrière la vitre, en robe bleue, son visage est variable comme le temps. Tantôt jeune, tantôt très vieux. Il travaille et les gens s’arrêtent pour le regarder pendant des heures… Nul ne se moque. Derrière lui, la grande roue de bois sculpté qui tourne dans un sens, dans l’autre ; et tantôt si vite que les rais ne s’en voient plus ; tantôt très lentement. C’est la roue aux mots. On voit sur la feuille blanche devant lui son regard qui s’éclaire, illumine les environs de sa main, à mesure qu’elle se déplace et que le stylo qu’elle tient trace des caractères. On le voit battre de la tête sa mesure…
Ceux-là disaient avoir vu certains soirs son ombre maigre et désarticulée, en cornes et en sabots, glisser le long des murs de l’opéra. D’autres affirmaient qu’après avoir trucidé des femmes séduites il emprisonnait leurs âmes geignantes dans son violon. Qui était-ce sinon le diable… ou peut-être son plus fidèle messager, le « Violoniste du Diable », l’énigmatique virtuose Niccolò Paganini ?
Seul, évidemment, un pacte conclu avec le maître des enfers pouvait conférer à ce petit homme fragile cette exceptionnelle virtuosité digitale et cette mémoire capable de lui rendre instantanément disponibles les partitions les plus complexes, dont certaines, naturellement, ne devaient leur existence qu’à son génie diabolique.
Paganini à la guitare
Mais pour le diable, point de limite, point d’exclusive ! Son messager musicien, mandoliniste doué dès son jeune âge, maitrisait tout autant la guitare que le violon. Et si le violon exposait l’artiste à la lumière, la guitare demeurait son amour caché, réservé à ses loisirs et à ses amis.
C’est en hommage au génie du Paganini guitariste, sans pour autant oublier le compositeur des monumentaux « 24 Caprices pour violon » que Mario Castelnuovo Tedesco composa en 1935 le ‘Capriccio Diabolico’, opus 85, pour guitare seule.
Andrés Segovia, l’immense guitariste que l’on sait, qui lui avait suggéré l’idée de cette composition, en était le dédicataire.
🎼
Après une introduction plutôt pompeuse, arpèges et octaves dans un style ‘paganinien‘, exposant les thèmes à venir, l’oeuvre les développe en alternant passages de virtuosité et moments plus lyriques, ‘cantabile‘. Rien ne manque à l’évocation du Maître du XIXème, ni la force, ni l’expressivité… ni la technique. Les références sonores aux compositions du célèbre violoniste apparaissent en chemin, ainsi la citation de la « Grande sonate pour guitare et violon » ou celle de la très emblématique « Campanella » qui conclut la pièce.
Le diable danse sur les cordes du guitariste virtuose polonais
En cette terre, en cette terre,
En cette prairie toute pure,
A part tendresse, à part amour,
Pas d’autre grain planté pour nous.
Rûmi – Cette lumière est mon désir
∞
Reprise d’un conte aux origines inconnues, publié sur ‘Perles d’Orphée’ le 5/01/2015 sous le titre « Un abricot avec Dieu »
Roland Oudot – 1897-1981 – L’écolier
Ce jeudi-là – à cette époque le jeudi était le jour sans école –, Maxime avait décidé d’aller à la rencontre de Dieu. Tout simplement. Il n’avait aucune idée du chemin qu’il prendrait, ni du temps qu’il lui faudrait pour atteindre son but, mais il pensait fort justement que ce serait grande imprudence de s’engager dans une telle aventure, qui pourrait bien demander une après-midi complète, sans prévoir de quoi tenir. A onze ans, il est vrai, on ne se passe pas facilement de son goûter.
Il vida donc son cartable des livres, cahiers et crayons qui en remplissaient copieusement les compartiments et empocha à leur place deux ou trois barres de chocolat, une poignée d’abricots secs, et quelques petites bouteilles de jus de fruit qu’il trouva à leur place habituelle, dans le réfrigérateur.
Dès qu’il reçut de sa maman l’autorisation de quitter la table du déjeuner, Maxime s’empressa d’empoigner son cartable devenu sac à provisions et se mit aussitôt en route. Son intuition lui indiquerait certainement le bon itinéraire.
Il marcha d’un pas décidé pendant une vingtaine de minutes qui lui parurent une éternité, puis s’arrêta près d’un des bancs qui jalonnent le périmètre du parc à la sortie de la ville.
Toulouse-Lautrec 1864-191 – Vieille dame assise
Une vieille dame menue y était assise ; elle observait les oiseaux rivaliser d’habileté dans leurs figures aériennes et sonores, et flattait d’un sourire discret les impertinences de leurs ébats. Le garçon s’assit près d’elle, silencieusement. Un long moment immobile s’écoula ainsi dans la douceur embaumée du parc avant que Maxime ouvrît son cartable pour prendre un abricot. Par la même occasion il en tendit un à sa voisine, accompagnant son geste d’un gentil regard qui ne masquait rien des interrogations naïves du garçon. La dame élargit son sourire en signe de remerciement et prit le fruit sec qu’elle dégusta volontiers.
Quelques minutes plus tard, sans qu’aucune parole, jamais, fût échangée, le jeune garçon lui proposa un jus de fruit qu’elle accepta avec un même plaisir et ses lèvres et son regard se firent plus cordiaux encore. Ainsi passèrent-ils tous les deux cette belle après-midi de jeudi à partager dans la paix et le silence, abricots et jus de fruit, chants d’oiseaux et parfums de printemps, jusqu’à ce que le déclin du jour et l’envie de retrouver ses parents suggérassent au jeune garçon l’idée du retour.
Korè au péplos – 530 av.JC
Maxime se leva et se mit naturellement en marche vers la maison. Mais après quelques pas, il laissa tomber son cartable vide à ses pieds, se retourna vers la vieille dame et se précipita dans ses bras en courant. Ils s’enlacèrent l’un l’autre tendrement ; Maxime étreignait sa vénérable compagne de l’après-midi de toutes les forces ingénues de son enfance pendant que celle-ci gratifiait le garçon d’un profond sourire de korè, ce « sourire de l’amour » qui illumine les beaux visages de ces statues grecques archaïques que « nous aimons d’une tendresse qui ne peut s’épuiser », selon le mot d’Élie Faure, passionné d’art, qui les a tant fréquentées.
Quand le garçon entra dans le salon, sa mère remarqua d’un coup d’œil la lumière toute nouvelle qui éclairait le visage de l’enfant. La question ne se fit pas attendre : – Qu’as-tu donc fait cette après-midi qui te rende aussi joyeux, mon chéri ? – J’ai pique-niqué avec Dieu, maman, répondit-il fièrement. Et d’ajouter dans un même enthousiasme, sans laisser le temps à sa mère de poser l’inévitable question suivante : – Et elle a le plus beau sourire du monde, tu sais !
La vieille dame, elle aussi, était rentrée chez elle, le visage rayonnant de joie et de paix. Jamais son fils ne lui avait connu pareille expression de sérénité ; la question arriva donc : – Mère, qu’as-tu fait de ton après-midi pour paraître si radieuse ce soir ? – J’ai mangé des abricots avec Dieu. Et, vois-tu, je ne l’aurais jamais imaginé si jeune.
Pour lancer ce premier billet de 2025 je me suis dit que si je voulais accumuler une énergie suffisante pour aller au bout de l’année il me faudrait prendre beaucoup d’élan, quitte à bousculer (mais sans violence) mes critères esthétiques habituels.
J’ai donc reculé, reculé, reculé, pour donner toute sa puissance à mon coup d’envoi. Jusqu’à Londres, à Abbey Road, au studio mythique que les Beatles ont rendu célèbre. Là j’ai rencontré Katie Kadan. Elle rendait hommage à Janis Joplin en enregistrant le dernier titre que la « Mama Cosmique » avait gravé la veille de son overdose mortelle le 4 octobre 1970 :
« Me and Bobby McGee ».
Voilà l’énergie qu’il me fallait, avec en prime, sur de belles images noir et blanc, la voix, le talent, et de formidables musiciens qui, pour certains… ont été jeunes en même temps que moi !
La paix, je la demande à ceux qui peuvent la donner
Comme si elle était leur propriété, leur chose
Elle qui n’est pas colombe, qui n’est pas tourterelle à nous ravir,
Mais simple objet du cœur régulier,
Mots partagés et partageables entre les hommes
Pour dire la faim, la soif, le pain, la poésie
La pluie dans le regard de ceux qui s’aiment.
[…]
La paix, je la demande à tous ceux qui peuvent la donner
Ils ne sont pas nombreux après tout, les hommes
violents et froids
Malgré les apparences, peut-être même ont-ils encore
des souvenirs d’enfance, une mère aimée,
un très vieux disque qu’ils ont écouté jadis
longtemps, longtemps.
Oh, que tous ces moments de mémoire viennent à eux
avec un bouquet de violettes !
Ils se rappelleront alors les matinées de la rosée
L’odeur de l’eau et les fumées de l’aube sur la lune.
Salah Stétié (Liban 1929-2020) – extraits de ‘Paix’
En souvenir du très douloureux 31 décembre 1979
A la mémoire de mon père
[…] De même et pour tous les jours d’une vie sans éclat, le temps nous porte. Mais un moment vient toujours où il faut le porter. Nous vivons sur l’avenir : « demain », « plus tard », « quand tu auras une situation », «avec l’âge tu comprendras ». Ces inconséquences sont admirables, car enfin il s’agit de mourir. Un jour vient pourtant et l’homme constate ou dit qu’il a trente ans. Il affirme ainsi sa jeunesse. Mais du même coup, il se situe par rapport au temps. Il y prend sa place. Il reconnaît qu’il est à un certain moment d’une courbe qu’il confesse devoir parcourir. Il appartient au temps et, à cette horreur qui le saisit, il y reconnaît son pire ennemi. Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même aurait dû s’y refuser. Cette révolte de la chair, c’est l’absurde.
Albert Camus – Le Mythe de Sisyphe –1942
La beauté comme une réponse à l’absurde...
Franz Schubert 1797-1828
« Der Tod und das Mädchen » La jeune fille et la Mort
Quatuor à cordes en Ré mineur (D 810)
Transcription pour orchestre à cordes par Gustav Mahler
Michael Tilson Thomas (direction)
Orchestre des étudiants du New World Symphony
1. Allegro 2. Andante con moto 3. Scherzo – Allegro molto 4. Presto
Le 31 décembre,il y a 45 ans,"Elle" est venue... sans prévenir,n'est restée qu'une poignée de secondes...foudroyantes,puis est repartie... avec mon père.Sans musique ! Il l'aimait la musique.
Voilà le monde parfumé
Plein de rires, plein d’oiseaux bleus…
‘A tous les enfants’
dit par Jean-Louis Trintignant – Illustration musicale : Daniel Mille (bandonéon)
A tous les enfants Qui sont partis le sac au dos Par un brumeux matin d’avril Je voudrais faire un monument
A tous les enfants Qui ont pleuré le sac au dos Les yeux baissés sur leurs chagrins Je voudrais faire un monument Pas de pierre, pas de béton Ni de bronze qui devient vert Sous la morsure aiguë du temps Un monument de leur souffrance Un monument de leur terreur Aussi de leur étonnement Voilà le monde parfumé Plein de rires, plein d’oiseaux bleus Soudain griffé d’un coup de feu Un monde neuf où sur un corps Qui va tomber Grandit une tache de sang
Mais à tous ceux qui sont restés Les pieds au chaud sous leur bureau En calculant le rendement De la guerre qu’ils ont voulue A tous les gras tous les cocus Qui ventripotent dans la vie Et comptent comptent leurs écus A tous ceux-là je dresserai Le monument qui leur convient Avec la schlague, avec le fouet Avec mes pieds avec mes poings Avec des mots qui colleront Sur leurs faux-plis sur leurs bajoues Des marques de honte et de boue.
Boris Vian 1920-1959
in Chansons (1954-1959)
♦
‘A tous les enfants’
Chanté par Catherine Sauvage sur la musique de Claude Vence
Douze ans que Lelius, à travers plus de 1600 billets publiés sur ‘Perles d’Orphée’ puis sur ‘De Braises et d’Ombre’, exprime, entre guillemets, avec les mots, les notes, les images et le talent des autres, les sentiments et les émotions dont se nourrit le coeur d’un homme qui pudiquement a choisi de s’abriter derrière le nom de ce cher ami de Cicéron.
Sur les pages de ces blogs, « je » n’est pas seulement « un autre », il est « plein d’autres », et pourtant tellement lui-même. Un écho, par pur instinct d’abord, par conviction ensuite, à la parole du poète qui affirme si profondément que « dit vrai qui dit les autres ».
Vous tous qui feuilletez ces pages avec bienveillance, recevez en guise de chaleureux remerciements, la grâce d’un sourire – fût-il d’une autre, fût-il de pierre, fût-il millénaire, qu’importe, vous ne perdez pas au change !
Le plus beau, me semble-t-il, qui se puisse offrir sur la toile.
Reglindis (989-1014) Princesse polonaise, épouse d’Hermann Ier (Margrave de Misnie.) – Cathédrale de Naumburg en Saxe-Anhalt
Le petit homme qui chantait sans cesse le petit homme qui dansait dans ma tête le petit homme de la jeunesse a cassé son lacet de soulier et toutes les baraques de la fête tout d’un coup se sont écroulées et dans le silence de cette fête
dans le désert de cette fête j’ai entendu ta voix heureuse ta voix déchirée et fragile enfantine et désolée venant de loin et qui m’appelait et j’ai mis ma main sur mon coeur où remuaient ensanglantés les sept éclats de glace de ton rire étoilé.