C’est le charme incontestable des voyages sans plans ni cartes que de laisser le voyageur enfiler au gré de ses humeurs des sentiers imprévisibles. Quel plus aimable bouquet de plaisirs musicaux que celui que forment, émotions offertes à chaque pas, ces rencontres surprises et ces découvertes inattendues ?
Ainsi, après avoir exploré, en quête de « Sérénade », quelques salons feutrés de la musique classique – les harmonies romantiques de Josef Suk ou l’élégance britannique d’Edward Elgar -, et avant d’autres invitations qui se préparent encore, empruntons aujourd’hui un chemin qui nous conduira curieusement sur les rivages inattendus du Jazz. Là où fleure bon, à travers les ballades, l’esprit de la « Sérénade ».

Certes, chant traditionnellement destiné à être interprété sous les fenêtres d’un être cher à la tombée de la nuit, la sérénade appartient à un autre temps. Pourtant, l’essence même du jazz, faite de confidence, de climat nocturne et d’expression intime destinée à l’autre ou à soi-même, établit avec elle un lien manifeste de parenté.
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Lien parfois très explicite comme :
La célèbre « Moonlight Serenade » de Glenn Miller, composée en 1939, thème signature de son orchestre et témoin musical d’une époque.
N’y retrouve-t-on pas les composants emblématiques de la sérénade : la nuit, la lune, l’atmosphère romantique ?… À ceci près que cette sérénade-là est destinée aux couples nombreux mêlant leurs pas sur une piste de danse.
Glenn Miller (1904-1944) – « Moonlight serenade »
Ou « Serenade in blue », cet incontournable standard du jazz composé en 1942 par Harry Warren (musique) et Mack Gordon (paroles), bel exemple, parmi tant d’autres tout aussi séduisants, de « sérénade moderne (adresse intime, mélodique et souvent nocturne) » qui confie au soliste le soin délicat de transmettre l’émotion.
« Serenade in blue »
chantée ici par
Ethel Ennis (1932-2019)
Et interprétée là par
Oscar Peterson (1925-2007) et son trio
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Lien d’autres fois moins affiché, mais tout aussi manifeste par l’évidence de l’intention. Qu’importe qu’un titre précise qu’il s’agit d’une sérénade, il suffit de pencher légèrement la tête et d’écouter :
« My funny Valentine »
Carmen McRae (1920-1994)
Ray Bryant au piano et ses musiciens
Modèle, peut-être, de sérénade dans l’univers du jazz. Chanson de Richard Rogers et Lorenz Hart tirée de la comédie musicale américaine ‘Place au rythme’ (Babes in Arms) de 1937, standard mille fois interprété et arrangé.
ou
« Dear old Stockholm »
Stan Getz (1927-1991) – saxo & Chet Baker (1929-1988) – trompette
Extrait de leur fabuleux concert à Stockholm en 1983.
Une esthétique typique de la sérénade : voix murmurée, son de trompette sourd et velouté, tempo suspendu, mélodies tâtonnant l’obscurité à la recherche d’une âme amie…
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… Et encore la trompette de Miles Davis pour la bande originale du film de Louis Malle, « Ascenseur pour l’échafaud », et encore « Mood indigo » sous les doigts de Duke Ellington au piano, et « Memories of you » à la clarinette avec Benny Goodman, et encore les voix de Sarah Vaughan, d’Anita O’Day, d’Ella Fitzgerald… Et… Et…
Il y a des billets qu’on voudrait ne jamais devoir terminer !
Du charme discret des balcons d’antan à la confidence murmurée d’une trompette en sourdine, la sérénade a changé de costume. En terre de jazz, elle perd ses habits de genre pour une tenue hors des conventions, plus propice à la prise d’une libre respiration au milieu du tumulte du monde.

Tous ces morceaux me plaisent je dois dire…
Merci Lelius
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Eh ! Je veux mon n’veu ! Faudrait être difficile !
C’est du très bon jazz, des standards superbes, interprétés par ce qu’on fait de mieux dans le genre… Du trois étoiles Madame. Pensez tout d’même pas que « De Braises (c’est de circonstance) et d’Ombre (là c’est loupé) » allait vous fourguer les invendus et les avariés… ! 😎😊
Merci d’avoir apprécié !
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