
« À table ! » C’est la triviale invitation qu’aurait pu nous lancer Léonard Bernstein en 1954 pour nous convier avec humour à la première d’une de ses œuvres les plus lyriques. Dramatique et philosophique, certes, mais des plus lyriques :
« Sérénade pour violon, orchestre à cordes, harpe et percussions ».
Cette pièce est en effet directement structurée autour d’un diner particulier, autour de la table d’un Banquet célèbre – ô combien ! -, celui imaginé par Platon dans les années 380 avant JC, afin de réunir dans ses pages, la fine fleur des penseurs, poètes et philosophes athéniens.
Léonard Bernstein (1918-1990)


Car c’est bien ce célébrissime Συμπόσιον (Sumpósion) du maître de la philosophie grecque, ce fameux « Banquet de Platon », qu’a musicalement reconstitué notre génial compositeur à travers cette pièce concertante qui confie au violon solo le rôle central. Celui de porter la voix des commensaux philosophes choisis pour leur belle aptitude au débat.
Ainsi apparaissent au milieu de la scène sonore, à tour de rôle sous leur représentation musicale, les célèbres orateurs chargés de discourir sur la très sérieuse question de l’Amour. Éros, l’amour, le désir, telle est la thématique que Platon a décidé de soumettre à ces rhéteurs.
Le violon virtuose, soutenu par les instruments d’un orchestre resserré, se charge de brosser le portrait musical de chaque intervenant. Traduisant en accords et harmonies les savants monologues ; il rend à qui de droit, d’un glissando, d’un mosso ou autre sforzando, sa faconde, ses dithyrambes et ses arguties.
La musique est aussi, pour l’harmonie et le rythme, une science des mouvements amoureux.
Platon – Le Banquet (le médecin Eryximaque)
« Sérénade pour violon, orchestre à cordes, harpe et percussions »
Midori (violon)
Orchestre Symphonique de la ‘Westdeutscher Rundfunk‘
Constantinos Carydis (Direction)
Cinq mouvements :
I/ Phèdre - Pausanias (Lento - Allegro) :
- Phèdre ouvre le banquet par un doux éloge d’Éros : le violon expose un thème lyrique, bientôt développé en forme de fugue.
- Pausanias se refuse à considérer l'aspect univoque de l'amour ; il le voit comme il le pratique, multiple et multiforme et son affirmation prend l'allure d'un allegro énergique.
II/ Aristophane (Allegretto) :
Avec la douceur du conteur, le poète déclare à travers la légèreté de la mélodie que l'amour n'est que recherche de sa moitié perdue... peut-être la quête de soi.
III/ Eryximaque (Presto) :
Dans un scherzo bref et scintillant le médecin assène sa science : l'amour universel !
IV/ Agathon (Adagio) :
Noble, lyrique et solennel, pour célébrer, selon son affirmation, "le plus beau des Dieux" : l'Amour, un grand adagio dominé par l'émotion.
V/ Socrate - Alcibiade (Molto tenuto - Allegro molto vivace) :
- A travers un adagio profond et méditatif qui se veut représenter la réflexion dialectique qui lui est chère, Socrate cherche à nous faire admettre que l'Amour est un chemin vers le Beau.
- Mais voilà qu'annoncé par quelques soudaines percussions surgit énergiquement un jeune aristocrate athénien un peu éméché, Alcibiade, interrompant le débat. Il décide de faire l'éloge de Socrate plutôt que de discourir sur le thème de l'Amour. Le symposium en restera là laissant l'assemblée se consacrer à une gaité très expressive... et offrant à Bernstein une nouvelle occasion de retrouver son amour pour le jazz...

Certains ont perçu la Sérénade comme un autoportrait musical de Bernstein, noble et espiègle en même temps, à la fois romantique, profondément, et moderne, indéniablement.
Cette œuvre, il est vrai, au travers de sa grande élégance mélodique, illustre fort justement l’art du Maître et son habileté à tisser un lien magique entre l’héritage classique européen des Mahler ou Stravinsky, par exemple, et l’énergie des nouvelles musiques américaines flirtant de bonne grâce avec le jazz.

J’aimerais analyser la musique aussi bien que toi…C’est curieux , moi j’ai surtout entendu l’humour dans les mouvements…C’est ce qui m’a le plus marquée! Comme une baffe magistrale aux beaux penseurs…
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Eh ! Eh ! Mais personne n’a prétendu que Platon manquait d’humour, ni que Bernstein ne l’avait pas relevé. La part, sinon comique, du moins ironique, chez le philosophe grec, est d’une grande importance : c’est ce sourire qui lui permet au fond de souligner habilement la complexité de la vérité… Avec un poil d’audace je dirais, pour outrepasser la vision scolaire, que « Le Banquet » est une comédie grinçante. – Que les puristes veuillent ne pas me blâmer !
Quant à Bernstein, je ne pense pas qu’il se prenne au sérieux dans cette « big party ». Les formes de sa musique, la théâtralité qu’il lui affecte, la liberté de ton que tu as justement perçue, tout atteste qu’il peut pousser loin l’excentrique sans jamais être irrévérencieux.
Conclusion : tu analyses bien la musique !
Signé Professeur Nimbus
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Alors on va dire que je RESSENS bien la musique, un tas d’images me submergent…Mais je n’ai pas les mots pour le dire Professeur Nimbus…Faille culturelle.
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merci pour cette découverte
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Ravi d’en être à l’origine. Merci pour votre fidélité à ces pages.
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