
L’extase
Je suis devant ce paysage féminin
Comme un enfant devant le feu
Souriant vaguement et les larmes aux yeux
Devant ce paysage où tout remue en moi
Où des miroirs s'embuent où des miroirs s'éclairent
Reflétant deux corps nus saison contre saison
J'ai tant de raisons de me perdre
Sur cette terre sans chemins et sous ce ciel sans horizon
Belles raisons que j'ignorais hier
Et que je n'oublierai jamais
Belles clés des regards clés filles d'elles-mêmes
Devant ce paysage où la nature est mienne
Devant le feu le premier feu
Bonne raison maîtresse
Étoile identifiée
Et sur la terre et sous le ciel hors de mon cœur et dans mon cœur
Second bourgeon première feuille verte
Que la mer couvre de ses ailes
Et le soleil au bout de tout venant de nous
Je suis devant ce paysage féminin
Comme une branche dans le feu.
24 novembre 1946

Paul Eluard 1895-1952
in
« Le Temps déborde »
(sous le pseudonyme de Didier Desrochesson épouse et muse )
Éditions Les Cahiers d’Art – 1947
.. // ..
Le poème est daté du 24 novembre 1946. Il ne fait aucun doute que chacun des mots qui le composent est inspiré par l’épouse et muse du poète, Nusch. Quatre jours plus tard, Paul Eluard sera dévasté en apprenant son décès des suites d’une soudaine hémorragie cérébrale.
Un clic sur la photo de Nusch ci-dessous conduit vers un extrait de l’émission de Bruno Doucey, « L’amour par cœur », consacrée à ce poème « L’extase », et diffusée sur France-Culture le 21/02/2025.
Adjointe aux commentaires toujours autorisés et sensibles du poète, éditeur et animateur pour la circonstance, une belle lecture du poème par l’auteur et comédien Arnaud Aldigé.
>Écouter< en haut à gauche de la page Radiofrance
Temps d’écoute : 5 minutes


Mes premières émotions poétiques…Un des plus grands si ce n’est le plus grand…
Merci Lelius.
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Je sais ton attachement particulier à Eluard… Pour la période, je me retrouve plus volontiers chez Char… à la réserve près que tout chez lui ne m’est pas accessible.
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C’est évidemment celui que j’allais citer et ils ont fait en binôme mes premiers délices poétiques. Eluard est dans le tendre et dans l’image. Char était loin d’être un tendre. Lui il est dans l’ellipse et la fulgurance. Je les aime à égalité pour ces différences… Et ils m’ont remuée ts les deux…
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Avec de tels parrains en poésie… n’est-ce pas ?
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En tout cas j’ai su par eux que là était mon vrai langage…
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