Charmante banalité d’automne

Il n’est pas d’art vrai sans une forte dose de banalité.
Celui qui use de l’insolite d’une manière constante lasse vite, rien n’étant plus insupportable que l’uniformité de l’exceptionnel.

Cioran – De l’inconvénient d’être né – 1973

Il me fallait bien ce solide encouragement de mon cher Cioran pour m’autoriser à ressortir des cartons – pour autant qu’elle y soit un jour entrée – cette banalité si éternellement charmante, « Les feuilles mortes ». qu’écrivit jadis Prévert sur une musique de Kosma, pour le film de Marcel Carné en 1946, « Les portes de la nuit » : 

C’est le Destin, incarné par Jean Vilar, rôle central et énigmatique, catalyseur des évènements, maître du temps et symbole de l’inexorable, qui entonne le thème à l’harmonica…

Quelqu’un ne prétendait-il pas qu’écrire, c’est transformer des abîmes de banalités en sommets mythologiques. S’il en fallait un témoignage…
Quel chemin en presque 80 ans, depuis le zinc d’un bistro parisien, pour ces « Feuilles mortes » que le vent du Nord a emportées certes, mais assurément pas dans la nuit froide de l’oubli. A travers la planète entière les déposant sur toutes les lèvres, et entre les doigts de tous les musiciens de tous les styles, indifférentes aux modes et aux temps. Simple banalité poétique et musicale, extraite d’un film mal accueilli à son époque, devenue succès planétaire, mythique.

Le Jazz n’a pas attendu pour les ériger en standard, tant de fois repris. Elles étaient il y a peu au Japon, et c’est entre batterie, piano et contrebasse qu’on les a surprises virevoltant au rythme des excellents musiciens du Osaka Jazz Channel.
Charmantes toujours nonobstant leurs humeurs :

Introverties : avec Yuka Yanagihara au piano, Yuu Miyano à la contrebasse, et à la batterie Takashi Kuge, animateur de la chaîne.

Extraverties : avec Yuu Miyano à la contrebasse, Takashi Kuge à la batterie, et Saori Kobayashi au piano

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Lelius

La musique et la poésie : des voies vers les êtres... Un chemin vers soi !

7 commentaires sur “Charmante banalité d’automne”

  1. oui, c’est tout à fait ce que j’ai ressenti avec les musicien de musique dite « improvisée »… en fait ceux que j’ai vus ( entendus ), avaient pour crédo de rechercher à tout prix des sons ( autres que ceux que pouvaient donner les instruments conçus pour en émettre d’une façon « normale » ), c’est à dire pour une clarinette, souffler dedans sans la hanche, la frotter sur un support rugueux, s’en servir comme instrument à percussion … au point que la répétition de cette attitude de détournement en devenait un « tic« , et que la musique en devenait anecdotique, totalement déconstruite, et même absente… même si on peut considérer qu’une approche de l’instrument n’exclue pas d’autres utilisations ( comme l’a montré John Cage ), on s’attend quand même à ce qu’il en ressorte un mouvement, une atmosphère, qui corresponde à une volonté d’organisation, bref, quelque chose qui prenne « sens »…

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    1. La liberté est incontestablement la caractéristique majeure et nécessaire de toute création artistique. Il faut, je crois, s’en féliciter. Ce qui me semble dangereux dans les excès de sa pratique réside dans l’attitude de ces « inventeurs » qui voudraient ériger en vérité absolue leur découverte.

      Libres également sont ceux qui reçoivent de telles créations de les fêter ou de les bannir…

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