Mais vieillir…! – 1 – « Vieillir »

Je suis né un 23 août historique.
J’ai désormais le recul suffisant pour affirmer que ma naissance n’aura pas eu plus d’influence sur l’Histoire tout court que sur l‘histoire du jour.

Philippe Geluck

Avez-vous remarqué que ce n’est qu’à partir d’un certain âge – un âge certain, qu’il appartient à chacun de définir ou de ressentir – que l’on ose employer le verbe « vieillir » pour évoquer à son propre égard les effets du temps qui passe ?

Les plus jeunes générations, avec cynisme et parfois compassion, mais non toutefois sans une certaine pudeur, semblent choisir, pour évoquer les atteintes des années, un tout autre vocabulaire, puisé au rayon des synonymes. Comme si dans leurs bouches « vieux », à l’instar de quelques infamies qui se font trop souvent entendre, devait prendre la forme d’une insolence, d’une insulte, d’une offense. Comme si, peut-être, le mot faisait résonner dans leur inconscient l’alerte d’un inquiétant futur.

James Bond lui-même… Sean Connery 1930-2020

Les « anciens », pour leur part, n’ont généralement ni scrupules ni tabous à conjuguer en toutes occasions le verbe « vieillir ». Le plus souvent au présent, ou mieux, au passé composé, et pour cause… Témoignage, en tout cas pour la plupart d’entre eux, de leur degré de lucidité, et pour certains autres, bienheureux – Alléluia !  –,  de leur esprit et de leur humour. – Comment vieillir longtemps privé de ces vitamines essentielles ?

Jane Fonda

C’est donc muni de mon « passe-vieux », et partant, sans tabous et sans scrupules, que j’ai choisi d’ouvrir, aujourd’hui précisément, cette série de billets sur la « vieillesse », en demandant, selon mon habitude, au talent des artistes que j’aime et qui m’émeuvent, jeunes ou moins jeunes, vivants ou disparus, de traduire, en musique, en poésie, en chanson, en images ou, tout simplement, en mots bien sentis, mon regard sur cette envahissante compagne qui, depuis son entrée dans ma vie, il y a un certain temps déjà, a décidé de ne plus me quitter. Il en fallait bien une…!

Puissent mes choix faire honneur à ceux-là de mes congénères dont je vantais plus haut l’humour et l’esprit !
Merci à tous mes généreux prêteurs de leur contribution (dont le plus souvent ils ne savent rien) ! J’exhorte ma mémoire à ne pas m’abandonner trop vite, je voudrais tant préserver la fidélité que je leur voue.

Mourir, cela n’est rien ;
Mourir, la belle affaire.
Mais vieillir…  O vieillir !

Mourir en rougissant
Suivant la guerre qu’il fait,
Du fait des Allemands
A cause des Anglais.

Mourir baiseur intègre
Entre les seins d’une grosse,
Contre les os d’une maigre,
Dans un cul-de-basse-fosse.

Mourir de frissonner,
Mourir de se dissoudre,
De se racrapoter,
Mourir de se découdre,

Ou terminer sa course
La nuit de ses cent ans,
Vieillard tonitruant
Soulevé par quelques femmes,
Cloué à la Grande Ourse,
Cracher sa dernière dent
En chantant « Amsterdam ».

Mourir cela n’est rien ;
Mourir la belle affaire.
Mais vieillir… ô vieillir !

Mourir, mourir de rire
C’est possiblement vrai,
D’ailleurs la preuve en est
Qu’ils n’osent plus trop rire.

Mourir de faire le pitre
Pour dérider l’ désert,
Mourir face au cancer
Par arrêt de l’arbitre.

Mourir sous le manteau,
Tellement anonyme,
Tellement incognito,
Que meurt un synonyme.

Ou terminer sa course
La nuit de ses cent ans,
Vieillard tonitruant
Soulevé par quelques femmes,
Cloué à la Grande Ourse,
Cracher sa dernière dent
En chantant « Amsterdam ».

Mourir cela n’est rien ;
Mourir la belle affaire.
Mais vieillir… ô vieillir !

Mourir couvert d’honneur
Et ruisselant d’argent,
Asphyxié sous les fleurs
Mourir en monument.

Mourir au bout d’une blonde,
Là où rien ne se passe,
Où le temps nous dépasse,
Où le lit tombe en tombe.

Mourir insignifiant
Au fond d’une tisane
Entre un médicament
Et un fruit qui se fane.

Ou terminer sa course
La nuit de ses mille ans
Vieillard tonitruant
Soulevé par quelques femmes
Cloué à la Grande Ourse,
Cracher sa dernière dent
En chantant « Amsterdam ».

Mourir cela n’est rien ;
Mourir la belle affaire.
Mais vieillir… ô vieillir !

Publié par

Lelius

La musique et la poésie : des voies vers les êtres... Un chemin vers soi !

13 réflexions au sujet de “Mais vieillir…! – 1 – « Vieillir »”

    1. Merci Marie-Anne !
      Vieillir, nous le faisons tous, en effet ! La grande avance que la vie m’a donnée m’autorise cependant une certaine réserve sur le « très bien »… Mais n’efface pas mon sourire. 😃

      Aimé par 1 personne

  1. Merci beaucoup !!!
    Même si pour ma part la vieillesse n’est pas vraiment un tracas, je rejoins volontiers votre remarque… Avec une observation toutefois (un peu cynique) : ceux qui n’ont pas eu le temps de vieillir – pourtant si nombreux autour de moi – ont en tout cas été épargnés des transformations, parfois pénibles, que l’âge avancé ne manque pas d’engendrer.
    Quant à ces Peter Pan qui n’ont pas pu devenir adultes, le royaume des cieux ne leur appartient-il pas ?

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  2. Bel anniversaire à vous !
    Toutes mes pensées amicales vous accompagnent. Vieillesse rime avec sagesse, adresse et hardiesse aussi.
    Les jours se suivent et la vie d’enrichit se rencontres et de beautés partagées. Chaque visite sur cette page m’enchante. Que cette année qui commence pour vous soit pleines de belles pages et de fleurs.

    Aimé par 1 personne

    1. Mille fois merci, chère Marie-Christine, pour tant d’amabilités !
      N’oublions tout de même pas que vieillesse rime aussi avec faiblesse, affaisse, baisse et partir en pièces. Je parle en connaisseur… !!!
      Et merci de contribuer à cet enrichissement que vous évoquez si justement.

      Aimé par 1 personne

    1. Merci pour vos vœux !
      Comment ne pas prendre cette chanson en référence lorsqu’il s’agit d’évoquer la vieillesse…?

      « Mon vieux » : Une confidence venue de loin en guise de réponse : mon père avait coutume de m’appeler « le vieux », avec toute l’affection qu’il me portait. La première fois qu’il employa l’expression à mon intention, je devais avoir environ 20 ans et lui 53. Lorsque nous étions ensemble entourés de personnes qui ne le connaissaient pas, celles-ci, de tous âges, ne manquaient jamais de me demander si nous étions amis de fraîche date.
      A la différence de la terrible fin de vie qu’a dû traverser votre maman, lui a eu cette inestimable chance de partir d’un coup de baguette magique. Sans avoir eu le temps d’être vieux.
      Merci pour votre visite !

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  3. Ah… j’aime cette chanson de J Brel « mais vieillir oh vieillir ». Je pense aussi à la chanson « les vieux » ne parlent plus… mais ce n’est pas votre cas, Lelius. Vous parlez. Et bien. Vous êtes un mystère pour moi. Mais peut-être un jour je vous connaîtrai mieux. Quelque soit votre âge. J’ai aimé un homme qui avait 20 ans de plus que moi. Il est parti trop vite… j’aimais son mystère !

    Aimé par 1 personne

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