
« Et resurrexit »
« Messe en Si mineur BWV 232
(extrait)
Jean-Sébastien Bach 1685-1750
Peter Kooij – Basse solo
Baroque Collegium 1685 – Choeur & Orchestre
Agnieszka Żarska – Direction

« Et resurrexit »
« Messe en Si mineur BWV 232
(extrait)
Jean-Sébastien Bach 1685-1750
Peter Kooij – Basse solo
Baroque Collegium 1685 – Choeur & Orchestre
Agnieszka Żarska – Direction
Exécutée par des voix surprenantes, voilà une chose prodigieuse ; je pourrais presque en pleurer, si le don des larmes ne m’avait été enlevé.
Giacomo Leopardi (1798-1837)
dans une lettre à son frère après la représentation de l’opéra « La Donna del Lago »

Malena Ernman (soprano colorature)
sur la scène du MusikTheater an der Wien, en août 2012
ORF Orchestre Symphonique de la Radio de Vienne
Chœur Arnold Schoenberg (dir. Erwin Ortner)
Direction musicale : Leo Hussain
Mise en scène : Christof Loy
|
Elena: Coro: Elena: Coro: Elena: Fra il padre e fra l’amante… |
Elena : Chœur : Elena : Chœur : Elena : Entre mon père et mon aimé |
Maurice Ravel
7 mars 1875 – 28 décembre 1937

‘Gaspard de la nuit’
I/ ONDINE
. . . . . . . . Je croyais entendre
Une vague harmonie enchanter mon sommeil,
Et près de moi s’épandre un murmure pareil
Aux chants entrecoupés d’une voix triste et tendre.
Ch. Brugnot — Les deux Génies.
— « Écoute ! — Écoute ! — C’est moi, c’est Ondine qui frôle de ces gouttes d’eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.
« Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l’air.
« Écoute ! — Écoute ! — Mon père bat l’eau coassante d’une branche d’aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d’écume les fraîches îles d’herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne. »
Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt, pour être l’époux d’une Ondine, et de visiter avec elle son palais, pour être le roi des lacs.
Et comme je lui répondais que j’aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s’évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.
Aloysius Bertrand – « Gaspard de la nuit » (version 1920)
Daniil Trifonov
♬
II / LE GIBET
Que vois-je remuer autour de ce gibet ?
Faust
Ah ! ce que j’entends, serait-ce la bise nocturne qui glapit, ou le pendu qui pousse un soupir sur la fourche patibulaire ?
Serait-ce quelque grillon qui chante tapi dans la mousse et le lierre stérile dont par pitié se chausse le bois ?
Serait-ce quelque mouche en chasse sonnant du cor autour de ces oreilles sourdes à la fanfare des hallali ?
Serait-ce quelque escarbot qui cueille en son vol inégal un cheveu sanglant à son crâne chauve ?
Ou bien serait-ce quelque araignée qui brode une demi-aune de mousseline pour cravate à ce col étranglé ?
C’est la cloche qui tinte aux murs d’une ville, sous l’horizon, et la carcasse d’un pendu que rougit le soleil couchant.
Aloysius Bertrand – « Gaspard de la nuit » (version 1920)
Lucas Debargue
♬
Oh ! que de fois je l’ai entendu et vu, Scarbo, lorsqu’à minuit la lune brille dans le ciel comme un écu d’argent sur une bannière d’azur semée d’abeilles d’or !
Que de fois j’ai entendu bourdonner son rire dans l’ombre de mon alcôve, et grincer son ongle sur la soie des courtines de mon lit !
Que de fois je l’ai vu descendre du plancher, pirouetter sur un pied et rouler par la chambre comme le fuseau tombé de la quenouille d’une sorcière !
Le croyais-je alors évanoui ? le nain grandissait entre la lune et moi comme le clocher d’une cathédrale gothique, un grelot d’or en branle à son bonnet pointu !
Mais bientôt son corps bleuissait, diaphane comme la cire d’une bougie, son visage blêmissait comme la cire d’un lumignon, — et soudain il s’éteignait.
Aloysius Bertrand – « Gaspard de la nuit » (version 1920)
Marc-André Hamelin
♬♬♬
Maurice Ravel
7 mars 1875 – 28 décembre 1937

‘Gaspard de la nuit’
Republication des billets parus sur « Perles d’Orphée » en avril 2014
Présentation


Que serait Aloysius Bertrand dans nos mémoires devenu sans Maurice Ravel et son génie diabolique de la musique ?
Il est vrai qu’on doit à ce poète très tôt disparu, d’avoir, grâce à son seul ouvrage, « Gaspard de la nuit » , publié après sa mort, encouragé Baudelaire à aborder, avec le succès que l’on connait, le genre nouveau du poème en prose et plus tard servi de source inspiratrice à André Breton et à tout le mouvement surréaliste.
Il n’est toutefois pas certain que ce prestige littéraire posthume, même augmenté de l’admiration de Mallarmé et de Max Jacob, aurait suffi à lui seul à projeter l’œuvre loin du parvis des bibliothèques et à attirer l’attention de la postérité de l’auteur vers cette poésie romantique noire, « condensée et précieuse » – selon l’expression de Mallarmé – qu’il nous offre et dont Gérard de Nerval s’était fait le chantre en son temps.
Comme il aurait été dommage, pourtant, que ces « Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot » , selon le sous-titre qu’a donné à son recueil Louis Bertrand lui-même, ne fussent pas parvenues jusqu’à nous. Car alors nous aurions été privés du charme à la fois romantique et gothique de la représentation des visions intérieures du poète sur fond de Moyen-Âge ; petits tableaux ésotériques, voire parfois diaboliques, brossés avec finesse, qui entrainent le lecteur dans les pénombres crépusculaires de l’univers magique et secret des gnomes, fées, sylphides et autres troublants alchimistes.
Nous n’aurions pas pu apprécier non plus le poids des silences et la profondeur des ombres qui s’installent entre les lignes du recueil et qui en disent souvent autant, sinon plus parfois, que les ciselures de la phrase et les joyaux du verbe. – Le pianiste Vlado Perlemuter, grand interprète de Ravel, n’avait-il pas qualifié Bertrand d’« orfèvre des mots ?
Par bonheur donc, et pour la littérature, et pour la musique, le recueil a séduit le compositeur Maurice Ravel. L’exceptionnelle qualité de ses œuvres et sa très grande notoriété ont sans aucun doute aidé « Gaspard de la nuit » et son auteur à traverser le temps.

C’est le mouvement le plus gracieux et le plus délicat. Il commence comme un rêve. La musique arrive d’un ailleurs inconnu nimbant aussitôt l’auditeur de la sereine quiétude d’une nuit étoilée au bord d’un lac apaisé. Voluptueuse liberté de l’eau qui s’écoule, sensualité des reflets multicolores sur le miroir liquide que déforment quelques clapots, pour accompagner l’appel amoureux d’une naïade qui veut séduire cet humain sur le rivage et l’emmener au fond de son royaume subaquatique.
Tandis qu’il est confronté à la tâche délicate de maintenir continument l’atmosphère onirique du moment et la fluidité de l’ambiance aquatique du lieu, le pianiste doit laisser s’exprimer la mélodie, surimpression sonore qui traduit le discours des personnages. Épreuve difficile ! Ô combien !

Tout ici est tristesse et désolation. Un lointain carillon lugubre sonne l’heure sombre propice aux questionnements inquiets. Tout l’art du pianiste réside dans sa capacité à garder son auditeur enveloppé dans une atmosphère d’angoissante monotonie qu’un soleil finissant traverse pour lui confirmer qu’au bout de la corde le pendu est bien mort, désormais exempt de toute émotion.
C’est le plus célèbre mouvement de ce triptyque, celui-là même qui glace l’échine des interprètes tant il exige d’eux une transcendante virtuosité. Musique frénétique et bizarre qui fait appel à toutes les clés de la musique ou presque, pour rendre l’effet fantasque de ce gnome farfelu qui vient hanter le rêve du dormeur. Il saute, tressaute et sursaute bizarrement, produit des bruits agaçants, disparait et réapparaît sans cesse, suggérant une multitude d’images brèves et fantasques, hallucinations fugitives, dérangeantes, cauchemardesques.
Outre la kyrielle de talents qu’il faut au pianiste pour nous faire croire qu’il est ce gnome hyperactif, coiffé d’un bonnet rouge et pointu, il lui faut encore nécessairement, pour parvenir à l’effet recherché, maîtriser l’art subtil du percussionniste, tant Ravel sollicite ici cette spécificité de l’instrument. C’est à ce prix, terriblement élevé certes, qu’à l’instar de ce nain perturbateur, il « grandira, entre la lune et [nous], comme le clocher d’une cathédrale gothique ». Mais pour notre plus grand plaisir !
À suivre : ‘Gaspard de la nuit’ – 2/2 –
Poème d’Aloysius Bertrand et interprétation choisie du mouvement correspondant composé pour le piano par Maurice Ravel :
Huw Montague Rendall (baryton) et Elisabeth Boudreault (soprano)
Mozart :
« La Flûte Enchantée » (‘Papageno – Papagena’)
Le charme joyeux !

Ne tombe pas amoureux d’une femme qui lit, d’une femme qui ressent trop, d’une femme qui écrit…
Ne tombe pas amoureux d’une femme cultivée, magicienne, délirante, folle.
Ne tombe pas amoureux d’une femme qui pense, qui sait ce qu’elle sait et qui, en plus, sait voler ; une femme sûre d’elle-même.
Ne tombe pas amoureux d’une femme qui rit ou qui pleure en faisant l’amour, qui sait convertir sa chair en esprit ; et encore moins de celle qui aime la poésie (celles-là sont les plus dangereuses), ou qui passe une demi-heure à fixer un tableau, ou qui ne sait pas comment vivre sans musique.
Ne tombe pas amoureux d’une femme qui s’intéresse à la politique, qui est rebelle et qui a le vertige devant l’immense horreur des injustices. Une femme qui aime le foot et le baseball et qui n’aime absolument pas regarder la télévision. Ni d’une femme belle peu importe les traits de son visage ou les caractéristiques de son corps.
Ne tombe pas amoureux d’une femme ardente, ludique, lucide et irrévérencieuse.
Ne t’imagine pas tomber amoureux de ce genre de femme.
Car, si d’aventure tu tombais amoureux d’une femme pareille, qu’elle reste ou pas avec toi, qu’elle t’aime ou pas, d’elle, d’une telle femme, JAMAIS on ne revient.

Martha Rivera-Garrido (poétesse dominicaine)
∰
Je ne connais pas son adresse, mais tu la rencontreras sans doute entre Upper West Side – Manhattan à New York City et les entrepôts des anciennes aciéries à Brooklyn. Pour dire plus simplement : entre le très chic Metropolitan Opera et le très populaire Gowanus Ballroom, désormais fermé.
Son nom ? ‘Stella di Napoli‘… ou Joyce DiDonato.
∰
No te enamores de una mujer que lee, de una mujer que siente demasiado, de una mujer que escribe…
No te enamores de una mujer culta, maga, delirante, loca.
No te enamores de una mujer que piensa, que sabe lo que sabe y además sabe volar; una mujer segura de sí misma.
No te enamores de una mujer que se ríe o llora haciendo el amor, que sabe convertir en espíritu su carne; y mucho menos de una que ame la poesía (esas son las más peligrosas), o que se quede media hora contemplando una pintura y no sepa vivir sin la música.
No te enamores de una mujer a la que le interese la política y que sea rebelde y vertigue un inmenso horror por las injusticias.Una a la que le gusten los juegos de fútbol y de pelota y no le guste para nada ver televisión. Ni de una mujer que es bella sin importar las características de su cara y de su cuerpo.
No te enamores de una mujer intensa, lúdica y lúcida e irreverente.
No quieras enamorarte de una mujer así.
Porque cuando te enamoras de una mujer como esa, se quede ella contigo o no, te ame ella o no, de ella, de una mujer así, JAMAS se regresa.

On connait Toots le musicien, on connait moins Toots le compositeur. Sa célèbre « Bluesette » est en effet l’arbre qui cache une forêt de plus d’une centaine de compositions à découvrir ou redécouvrir. Toots y mélange les styles avec brio tout en s’inspirant de sa longue pratique de l’improvisation, inextricablement liée à la composition dans le jazz.
Hugo Rodriguez – musicologue KBR (Bibliothèque Royale de Belgique)

En scène jusqu’à 92 ans, Toots Thielemans, qui avait commencé sa carrière comme accordéoniste, puis comme guitariste, est finalement devenu harmoniciste. Et quel musicien ! Qui a traversé le jazz du XXème siècle en compagnie des plus grands, Charlie Parker, Ella Fitzgerald, Oscar Peterson, Count Basie, Lester Young, Bill Evans, Quincy Jones, évidemment, et autres Billie Holiday ou Léna Horne… Et tant d’autres encore, parmi lesquels l’inoubliable Miles Davis…
Parmi ses nombreuses compositions dont beaucoup sont devenues des « standards » du jazz qui figurent au répertoire de toute la galaxie, « Bluesette », écrite en 1962 pour l’harmonica chromatique est reconnue en quelque sorte comme la signature de l’artiste.
Toots Thielemans avec orchestre symphonique au concert annuel des ‘Proms’ de Londres en 2009 :
« Bluesette » accapare un peu trop l’attention, il est vrai. Mais ce morceau léger et souriant souffle à travers sa virtuosité une telle bonne humeur que les décennies l’ont porté avec bonheur jusqu’aux pupitres des jeunes musiciens d’aujourd’hui qui se l’approprient avec un talent certain dont le maître s’enorgueillirait sans doute.
Sarah McKenzie (Piano)
Hermine Deurloo (Harmonica chromatique)
Geoff Gascoyne (Contrebasse)
Donald Edwards (Batterie)
En 1962, le parolier américain Norman Gimbel ajouta des paroles à la musique : Une exhortation pour la jeune Bluesette à ne pas s’enfermer dans la tristesse. Le temps viendra, si elle ouvre son coeur, de la rencontre et du bel amour…
Poor little, sad little blue Bluesette
Don’t you cry, don’t you fret
You can bet one lucky day you’ll waken
And your blues will be forsaken
Some lucky day lovely love will come your way
If there is love in your heart to share
Dear Bluesette, don’t despair
Some blue boy is waiting just like you
To find a someone to be true to
Two loving arms you can nestle in to stay
Get set, Bluesette
True love is coming
Your lonely heart soon will be humming
Pretty little Bluesette, musn’t be a mourner
Have you heard the news yet? Love’s ’round the corner
Love wrapped in rainbows and tied with pink ribbons
To make your next springtime your gold wedding ring time
Il faut des torrents de sang pour effacer nos fautes aux yeux des hommes, une seule larme suffit à Dieu.
Chateaubriand – Atala

On ne pourra pas dire que Chateaubriand aura emprunté cette image au Livre des Lamentations de Jérémie. Prophète dévasté par la réalisation de sa prophétie, la Destruction du Temple de Jérusalem, qui dans le texte biblique se plaint, lui, de ne pas avoir assez de larmes dans son corps pour pleurer ses pêchés et implorer le pardon divin. Chacun façonne le protocole de sa foi…
Rembrandt – Jérémie, lamentations après le Destruction du Temple
Johann Christoph Bach – cousin germain du père du grand Johann-Sebastian – compose sur les paroles éplorées de l’oracle un déchirant « lamento » pour voix d’alto et violon qui, une fois entendu, imprime à jamais nos émotions musicales et s’impose définitivement à notre mémoire.

Johann Christoph Bach (1642-1703)
« Ach, dass ich Wassers gnug hätte »
(Ah, que n’ai-je assez d’eau)
Christopher Lowrey (contre-ténor)
Ensemble Voices Of Music (San-Francisco)
Ach dass ich Wassers gnug hätte in meinem Haupte
Und meine Augen Tränenquellen wären,
Dass ich Tag und Nacht beweinen könnte meine Sünde!
Meine Sünden gehen über mein Haupt.
Wie eine schwere Last ist sie mir zu schwer worden,
Darum weine ich so, und meine beiden Augen fliessen mit Wasser.
Meines Seufzens ist viel, und mein Herz ist betrübet,
Denn der Herr hat mich voll Jammers gemacht
Am Tage seines grimmigen Zorns.
Jeremiah 9: 1; Psalm 38: 4; Lamentations 1: 16, 22, 12
Le musicologue Gilles Cantagrel - sommes-nous nombreux à nous être régalés jadis de ses formidables présentations des cantates de Jean-Sébastien Bach sur France Musique - écrivait ces quelques phrases à propos de cette oeuvre, dans un programme de la Philharmonie de Paris en septembre 2007 :
"Le second lamento de Johann Christoph Bach, « Ach, daß ich Wassers gnug hätte » (Ah, que n’ai-je assez d’eau), est un bref concert spirituel dans la descendance de Schütz, en trois parties avec reprise.
Il est écrit pour voix d’alto solo, violon, trois violes de gambe et basse.
Concision, densité expressive, efficacité : l’écriture abonde en figures de la désolation, quartes diminuées descendantes, chromatismes, et la récitation épouse toutes les inflexions du langage en en soulignant les images.
Un pur chef-d’œuvre."
Et par une voix de contralto :
Delphine Galou
Les Musiciens Du Louvre
Ah ! que n’ai-je assez de pleurs dans ma tête
et que mes yeux ne sont sources de larmes,
afin que jour et nuit je puisse pleurer mes péchés !
Mes péchés dépassent ma tête.
Telle une pesante charge, ils me sont devenus
trop lourds, c’est pourquoi je pleure ainsi,
et mes deux yeux s’écoulent en larmes.
Que de soupirs en moi, et mon cœur est attristé,
car le Seigneur m’a empli de détresse
au jour de sa terrible fureur.
« Jâné Màryàm »

Pour retrouver au hasard d’un accord de guitare le coeur énamouré d’Hafez ou l’âme inspirée de Rûmi…
Pour imaginer une autre Perse d’un autre temps, quand la poésie, le chant et tous les arts, façonnant par leur richesse et leur diversité l’identité culturelle de l’Iran, représentaient la puissance et la grandeur de son empire…
Pour l’histoire de Maryam (« Jâné Màryàm » se traduit par ‘la vie de Maryam’) et la tendre chanson d’amour aux accents bibliques du répertoire traditionnel iranien qui la raconte…
Pour la très belle transcription pour la guitare qu’en a réalisée la grande artiste iranienne Lily Afshar, emportée par la maladie en 2023…
Pour l’interprétation sensuelle qu’en a donnée Zoe Barnett récemment dans la Salle des Mosaïques du Museo agli Eremitani de Padoue…
Et pour caresser avec suavité, en pensée, pieds nus sur les froids carreaux des mosaïques antiques, les délices de nos siècles enfuis…
***
Jâné Màryàm en version symphonique avec choeur et voix
Ma fleur rouge et blanche, quand viens-tu ?
Mon petit pétale, quand viens-tu ?
Tu as dit que tu viendrais quand les fleurs fleuriraient
Toutes les fleurs du monde s’épanouissent, quand viens-tu ?
Ma Maryam, ouvre les yeux, dis mon nom
C’est l’aube et le soleil s’est levé
Il est temps d’aller aux champs ô douce Maryam
Ma Maryam, ouvre les yeux, dis mon nom
Sortons de la maison, prenons la route
Épaule contre épaule, comme au bon vieux temps ô belle Maryam
C’est encore le matin et je suis éveillé
J’aimerais pouvoir dormir et te voir dans mes rêves
Des bourgeons de tristesse ont poussé dans mon cœur
Comment le cœur peut-il faire face à cette douleur ?
Oh douce Maryam maintenant c’est l’heure de la récolte,
Viens, ne me quitte pas, tu es mienne
Allons au travail, récoltons le blé
Maintenant il est temps de récolter, viens, ne me quitte pas, tu es mienne
Allons travailler, viens, viens belle Maryam, douce Maryam
Et l’âme se fait chair…

Est-ce que l’âme des violoncelles est emportée dans le cri d’une corde qui se brise ?
Villiers de l’Isle-Adam
« Métamorphose du violoncelle »
Un court métrage de Dominique Delouche (1961)
Maurice Gendron (violoncelle) – 1920-1990
La musica non è comprensione ; è rapimento!*
*La musique n’est pas compréhension ; elle est ravissement !
A l’occasion d’une de ses émissions de la série « Una Giornata Particolare » (Une journée particulière) qu’il anime depuis plusieurs années sur la chaîne de télévision italienne LA7, l’écrivain et journaliste Aldo Cazzullo demande au grand directeur d’orchestre Riccardo Muti qui, selon lui, a donné la plus belle définition de la musique.
– ‘Dante Alighieri’ ! répond spontanément le Maestro.
Et confirme son choix par quelques vers du Chant XIV du « Paradis », qu’il éclaire d’une courte précision édifiante.
Tout n’a-t-il pas déjà été dit bien avant nous ?
E come giga e arpa, in tempra tesa
di molte corde, fa dolce tintinno
a tal da cui la nota non è intesa,
così da’ lumi che lì m’apparinno
s’accogliea per la croce una melode
che mi rapiva, sanza intender l’inno.
Dante – « Paradiso » – Canto XIV
Et comme gigue et harpe, en une harmonie
de cordes tendues, font doux tintement
pour celui qui ne comprend pas les notes,
ainsi des lumières qui m’étaient apparues
coulait par la croix une mélodie
qui me ravissait sans que j’en comprenne l’hymne.
Dante – « Paradis » – Chant XIV
A la naissance d’un enfant, si sa mère demandait à sa bonne fée de le doter du cadeau le plus utile pour lui, ce cadeau serait la curiosité.
Eleanor Roosevelt

L’enfance : l’enfer des questions.
Mais qui, des parents chargés d’y répondre ou de l’enfant à la curiosité insatiable, en subit des affres la plus grande oppression ?
Pour aborder un aussi sérieux sujet on pourrait aller chercher théories et conseils les plus éclairés chez Jean-Jacques Rousseau, chez Freud, Mélanie Klein, Bruno Bettelheim ou autre Françoise Dolto… Pas sûr, chers parents, que vous ne vous arrachiez pas les cheveux.
Ou bien – et ce serait nettement plus « funny » – swinguer, léger, avec ce standard du Jazz très inspiré du quotidien,
« Dat Dere »,
composé en 1960 par le pianiste Bobby Timmons, et pour lequel Oscar Brown Jr. a écrit les paroles… non sans l’aide de son fils…
Un jeune garçon harcèle son père de questions de toutes natures « : Hé papa pourquoi ceci ? Comment cela ? Je voudrais bien ce gros éléphant-là… ! » .
Karmen Rõivassepp est cet enfant à la voix pointue qui ne cesse de questionner :
« Dat Dere »
Et qu’est-ce que ça fait là ?
Hé papa, ici ! Papa, hé regarde ça là-bas !
Et qu’est-ce que ça fait là ?
Et où vont-ils là-bas ?
Et papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
Qui est-ce sur ma chaise ?
Et qu’est-ce qu’il fait là ?
Papa, ici !
Papa, je peux y aller ?
Hé papa, qu’est-ce qui est carré ?
Et où prend-on de l’air ?
Et papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
— Arrête de parler !
Il n’y a plus rien ici !
Pour toujours réussir à savoir qui, pourquoi et où !
Arrête ça, mon enfant !
Parfois, il faut trier les questions !
Et papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
Je ne veux pas me coiffer
Et où est mon ours en peluche ?
Papa, ici !
Regarde le cow-boy qui vient là-bas !
J’pourrais avoir une paire de bottes comme lui ?
Et Papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
— Le temps passera
Les jours passeront
Et le petit garçon va grandir
Je dois lui dire ce qu’il doit savoir
Je vais l’aider
Pour qu’il soit fort
Et il saura différencier le bien du mal
— Alors que la vie défile bon train
Il aura besoin de savoir pourquoi
Je n’ai pas toutes les réponses
Mais je ferai du mieux que je peux
Je vais faire de lui un homme, c’est vrai
Parce que tu donnes le meilleur de toi-même à l’enfant
Et j’espère qu’il passera les épreuves
Papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
Hé, pourquoi font-ils ça là-bas ?
Et comment tu mets ça là ?
Hé papa, ici ! Hé papa, qu’est-ce qu’ils disent là-haut ?
Hé papa, qu’est-ce qui est juste ?
Pourquoi dois-je partager ?
Et papa, je peux avoir ce gros éléphant là-bas ?
Mais « standard » du jazz disions-nous ? Alors légende oblige !
« Dat Dere » par la crème des musiciens de jazz des années 1960 :
Batterie : Art Blakey
Bass : Jymie Merritt
Piano : Bobby Timmons
Saxophone Ténor : Wayne Shorter
Trompette : Lee Morgan
Ceux-là disaient avoir vu certains soirs son ombre maigre et désarticulée, en cornes et en sabots, glisser le long des murs de l’opéra. D’autres affirmaient qu’après avoir trucidé des femmes séduites il emprisonnait leurs âmes geignantes dans son violon. Qui était-ce sinon le diable… ou peut-être son plus fidèle messager, le « Violoniste du Diable », l’énigmatique virtuose Niccolò Paganini ?
Seul, évidemment, un pacte conclu avec le maître des enfers pouvait conférer à ce petit homme fragile cette exceptionnelle virtuosité digitale et cette mémoire capable de lui rendre instantanément disponibles les partitions les plus complexes, dont certaines, naturellement, ne devaient leur existence qu’à son génie diabolique.
Mais pour le diable, point de limite, point d’exclusive ! Son messager musicien, mandoliniste doué dès son jeune âge, maitrisait tout autant la guitare que le violon. Et si le violon exposait l’artiste à la lumière, la guitare demeurait son amour caché, réservé à ses loisirs et à ses amis.
C’est en hommage au génie du Paganini guitariste, sans pour autant oublier le compositeur des monumentaux « 24 Caprices pour violon » que Mario Castelnuovo Tedesco composa en 1935 le ‘Capriccio Diabolico’, opus 85, pour guitare seule.
Andrés Segovia, l’immense guitariste que l’on sait, qui lui avait suggéré l’idée de cette composition, en était le dédicataire.
Après une introduction plutôt pompeuse, arpèges et octaves dans un style ‘paganinien‘, exposant les thèmes à venir, l’oeuvre les développe en alternant passages de virtuosité et moments plus lyriques, ‘cantabile‘. Rien ne manque à l’évocation du Maître du XIXème, ni la force, ni l’expressivité… ni la technique.
Les références sonores aux compositions du célèbre violoniste apparaissent en chemin, ainsi la citation de la « Grande sonate pour guitare et violon » ou celle de la très emblématique « Campanella » qui conclut la pièce.
Le diable danse sur les cordes du guitariste virtuose polonais
Marcin Dylla
« Capriccio Diabolico » op. 85 de Mario Castelnuovo Tedesco
Pour lancer ce premier billet de 2025 je me suis dit que si je voulais accumuler une énergie suffisante pour aller au bout de l’année il me faudrait prendre beaucoup d’élan, quitte à bousculer (mais sans violence) mes critères esthétiques habituels.
J’ai donc reculé, reculé, reculé, pour donner toute sa puissance à mon coup d’envoi. Jusqu’à Londres, à Abbey Road, au studio mythique que les Beatles ont rendu célèbre.
Là j’ai rencontré Katie Kadan. Elle rendait hommage à Janis Joplin en enregistrant le dernier titre que la « Mama Cosmique » avait gravé la veille de son overdose mortelle le 4 octobre 1970 :
« Me and Bobby McGee ».
Voilà l’énergie qu’il me fallait, avec en prime, sur de belles images noir et blanc, la voix, le talent, et de formidables musiciens qui, pour certains… ont été jeunes en même temps que moi !
Un clin d’oeil au modèle du passé :
En souvenir du très douloureux 31 décembre 1979
A la mémoire de mon père
[…] De même et pour tous les jours d’une vie sans éclat, le temps nous porte. Mais un moment vient toujours où il faut le porter. Nous vivons sur l’avenir : « demain », « plus tard », « quand tu auras une situation », «avec l’âge tu comprendras ». Ces inconséquences sont admirables, car enfin il s’agit de mourir. Un jour vient pourtant et l’homme constate ou dit qu’il a trente ans. Il affirme ainsi sa jeunesse. Mais du même coup, il se situe par rapport au temps. Il y prend sa place. Il reconnaît qu’il est à un certain moment d’une courbe qu’il confesse devoir parcourir. Il appartient au temps et, à cette horreur qui le saisit, il y reconnaît son pire ennemi. Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même aurait dû s’y refuser. Cette révolte de la chair, c’est l’absurde.
Albert Camus – Le Mythe de Sisyphe –1942
La beauté comme une réponse à l’absurde...
Quatuor à cordes en Ré mineur (D 810)
Transcription pour orchestre à cordes par Gustav Mahler
1. Allegro
2. Andante con moto
3. Scherzo – Allegro molto
4. Presto
Le 31 décembre, il y a 45 ans, "Elle" est venue... sans prévenir, n'est restée qu'une poignée de secondes... foudroyantes, puis est repartie... avec mon père. Sans musique ! Il l'aimait la musique.
Ce concert comme un caillou blanc sur sa tombe.
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"Les arbres sont des êtres qui rêvent" Aristote
Sous la peau des mots, c'est la vie qui fourmille...
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