Kaléidoscope

Jean-Sébastien Bach (1685-1750)

Finit-on jamais d’écouter Bach ? Après tant d’années de fréquentation amoureuse de sa musique, la volupté de la surprise devrait s’être éteinte, place laissée au simple plaisir d’une sereine reconnaissance. Et pourtant… ! Avec Bach, l’accoutumance n’émousse jamais l’aiguillon de l’émerveillement. Le prodige sans cesse se renouvelle.

Ainsi, par exemple, – et pour ne se contenter que de celui-ci – le 3ème Concerto Brandebourgeois en Sol majeur (BWV 1048), mille fois écouté, à travers mille interprétations, en concert ou sous la douche, calfeutré dans le moelleux d’un canapé ou figé à son volant, prisonnier d’une rue pétrifiée…, se révèle à chaque fois dans une virginité saisissante, offrant à son auditeur, fût-il le plus fidèle, cette jubilation insolente qui appartient d’ordinaire aux rencontres de jeunesse.

Faut-il alors s’étonner que même au bout de la longue route d’un vieux compagnonnage une rencontre inattendue imprime encore l’empreinte profonde des premiers émois ?

La réponse est toute entière contenue dans la parfaite interprétation que donne de ce concerto, voulu sans chef ni soliste par le Cantor, l’Ensemble Kaléidoscope, le bien nommé.
Trois violons, trois altos, trois violoncelles et une contrebasse réunis autour d’un clavecin pour une conversation animée et joyeuse, multicolore et virtuose, mue par une énergie organique, dans laquelle, ô merveille ! chacun n’existe qu’à travers l’autre.

Jouer Bach sans chef, c’est comme conduire une voiture de sport à plusieurs : tout le monde doit connaître la route par cœur et réagir au moindre virage de l’autre.

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Lelius

La musique et la poésie : des voies vers les êtres... Un chemin vers soi !

7 commentaires sur “Kaléidoscope”

    1. J’aime toujours passionnément la musique, mais avec l’âge je me rends compte que mes préférences rétrécissent à mesure que mes écoutes se restreignent. Je finirai bien par ne plus écouter que du Bach… Quel meilleur compagnon pour un dernier voyage ?

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  1. « Chacun n’existe qu’à travers l’autre ».
    Tellement.
    Cela fait bien la 100,000e fois que je l’écoute et l’entends.
    À chacune, le grand vent, le grand souffle, la grande vague me prend — me prennent — jusqu’aux larmes… cœur-corps.
    Merci, Lelius.
    ✨❣️

    Aimé par 1 personne

    1. Quel élan plus libre, plus désintéressé, que cet amour porté à la musique en général et à celle de Bach en particulier, qui la contient toute?

      Merci d’avoir partagé mon émotion !

      J’aime

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