Enregistrement Lelius (2004)
Écusson musical : Egschiglen – Chant guttural mongol
L’Exilé
Texte de Claude Lemesle pour une chanson de Serge Reggiani (1981)
Si vous prenez, à la sortie du hameau de La Louvière,
Le sentier qui rejoint la lisière, passe à fleur de forêt,
Puis s’enfonce à la rencontre des chants d’oiseaux,
Si vous le suivez jusqu’aux premières pentes de la dent des Corbières
Vous apercevrez, sans doute, à la naissance du coteau
Une grotte. C’est là que vit celui qu’ils appellent le fou
Et que j’appelle moi : L’exilé.
Il est des hommes déracinés de leur pays
Et qui essaient de passer vaille que vaille
Sur une autre terre que celle de leurs ancêtres et de leurs amours.
Il en est d’autres, tel celui-ci,
Que l’on a comme arrachés au siècle où ils auraient dû vivre
Et qui essaient de survivre dans une époque qui ne leur convient pas,
Où ils étouffent, dont ils ont mal.

Il ne vivait pas comme les autres,
Il ne pensait pas comme les autres,
Le naufragé du temps passé,
L’étranger volontaire, l’exilé.
Johannes Adriaensz van Staveren – XVIIème
Il se sentait comme asphyxié par les courses des autres
Course à l’argent, course à la réussite, course aux honneurs.
Lui, c’était singulier, détestait le pluriel.
Il n’avait que le sens de l’honneur.
Mais en nos temps supersoniques
C’est un sens interdit.
Mal dans son âme sous la dictature de la quantité,
Il rêvait, comme un enfant, que revînt le règne de la qualité.
Il ne comprenait pas qu’on traite ceux qui donnent… de pigeons,
Ceux qui rêvent… de naïfs,
Ceux qui aiment… d’esclaves.
A vrai dire il ne comprenait rien à pas grand-chose,
A part que l’essentiel de la vie est certainement bien plus simple
Et bien plus beau
Que dans le cri des corbeaux et le hurlement des loups.
Alors il demeurait là, dans sa grotte,
L’exilé,
Les pieds dans le vingtième siècle
Et la tête et le cœur ailleurs,
Très loin !
Il ne vivait pas comme les autres,
Il ne pensait pas comme les autres,
Le naufragé du temps passé,
L’étranger volontaire, l’exilé.

Teodor Axentowicz – L’Anachorète (1881)
[Terre folle, t’as un coup de vieux
Tu perds la boussole
J’entends le Bon Dieu
Qui rigole]

Il tentait de vivre dans un monde qu’il ne comprenait pas…
Pourquoi ce sentiment, pas nouveau, me semble de plus en plus largement partagé…
Ce texte est très beau et te va très bien je trouve.
Les chants gutturaux m’ont impressionnée.
Merci Lelius
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Comme tu le sais un peu, maintenant que nous échangeons depuis un certain temps, ce texte représente mon sentiment sur mes semblables, qui n’a pas attendu la vieillesse pour éclore…
Encore bien jeune je répétais déjà (je n’ai jamais cessé) à qui voulait l’entendre cette phrase de Baudelaire extraite de la préface des « Fleurs » :
« Ce monde a acquis une épaisseur de vulgarité qui donne au mépris de l’homme spirituel la violence d’une passion. »
Et je n’oublie jamais, tant elle me correspond également, d’y ajouter la suite :
« Mais il est des carapaces heureuses que le poison lui-même n’entamerait pas.«
Dimanche confidentiel ! 😅
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Oui je sais, et j’aime que tu sois fait de ça…
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