Ave Maria

Francis Poulenc Les Dialogues des Carmélites

Metropolitan Opera saison 2018-2019
Mise en scène John Dexter
Direction Yannick Nézet-Seguin
Mère Marie :
Karen Cargill –
mezzo soprano

Ave Maria (Acte II – premier tableau)

Mère Marie de l’Incarnation 
Mes sœurs, Sa Révérence vient de vous dire que notre premier devoir est la prière. Conformons-nous donc, non seulement de bouche, mais de cœur, aux volontés de Sa Révérence.
(Un signe de tête et les moniales s’agenouillent.)
«Ave Maria.»

Les Religieuses
«Gratia plena.»

Mère Marie
«Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui Jesu.»

Les Religieuses
«Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui Jesu.»

La Prieure
«Sancta Maria, ora pro nobis peccatoribus.»

Les Religieuses
(en murmurant)
«Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus nunc et in hora mortis nostrae. Amen.»

La Prieure et Mère Marie
«Amen !»

Mais vieillir… ! – 23 – Le plus beau temps du monde

Tu regardes s’enfuir le plus beau temps du monde.

Le plus beau temps du monde

L’été respire au bout de ce récif de toits,
L’été de ton amour plein de mélancolie,
L’été qu’on voit mourir un peu dans chaque jour
Qui roule jusqu’ici ses falaises de suie.
Églogue fatiguée, l’on entend la chanson
Très pure d’un oiseau au milieu du silence.
Regarde s’enfuir le plus beau temps de la vie,
Le plus beau temps du cœur, la mortelle saison
De la jeunesse aux noirs poisons. Voici la route,
Ce saut de feu dans le délire des cigales
Et de bons parapets pour reposer tes bras.
Dans le ciel campagnard meurt le maigre charroi,
S’envolent les décors barbares des passions :
Petits balcons de fer écumant d’églantines,
Escalades des murs titubants, dérision
Des dorures, outremer houleux des orages.
Tu ne reconnais plus ces folles mousselines
Dans tout ce bleu que fait resplendir sans raison
Chaque matin, parmi plusieurs enfantillages,
L’été de ton amour, la saison du bonheur.

Tu regardes s’enfuir le plus beau temps du monde

Albert Ayguesparse 1900-1996

 

Recueil : Le vin noir de Cahors
(Pierre Seghers – Paris 1957)