Sérénades / 5 – British pastoral

Herbert Arnould Olivier – 1902

En témoigne ce portrait du grand musicien anglais, ce n’est pas avec le compositeur de la maturité, reconnu et anobli , père des grandes symphonies, des « Variations Enigma » ou du célébrissime « Pump and circumstances » que le rendez-vous est pris.

C’est plutôt avec le jeune compositeur de 35 ans qui a quitté depuis une dizaine d’années le cabinet d’avocat qui l’employait pour se consacrer à sa passion, la musique, et qui, pour la première fois, admet qu’une de ses compositions est digne d’intérêt : sa « Sérénade pour cordes ».
Bien que datée de 1892, la partition de cette très attachante pièce pour ensemble à cordes, cette perle musicale, regroupe en réalité et unifie quelques miniatures diverses écrites plusieurs années auparavant. Ce n’est qu’à l’été 1896 que sera donnée, en Belgique, une exécution publique de l’œuvre définitive.

Ni sa durée modeste, largement plus réduite (une douzaine de minutes au lieu de trente) que celles, références du genre, de Dvorák (1880) ou Tchaïkovski (1876), ni le caractère plus intime que celui de ses illustres aînées, n’auront privé cette « Sérénade » de la place éminente qu’elle occupe aujourd’hui, bien légitimement, dans ce répertoire.

Elle s’inscrit naturellement dans la tradition des cordes anglaises – natif de Worcester, Elgar était violoniste.
En filigrane du doucereux paysage crépusculaire qu’elle suggère, son écriture fluide et raffinée affiche cependant, à travers un discret mais indéniable lyrisme, l’expression d’une profonde sensibilité personnelle partagée entre fraîcheur et maturité.
Derrière l’élégance pastorale « very british » de cette sérénade, une pointe de mélancolie, dernier salut au romantisme.
Autant de délicatesses que tissent et transmettent fidèlement par leur interprétation les musiciens de l’excellent

Sérénades / 2 – ‘Italienne’

Carl Spitzweg – 1896

« Légèreté », « frivolité », « humour », faudrait-il qu’il soit particulièrement imaginatif, ou profondément inspiré, l’observateur qui, devant l’air sévère et le regard tendu qu’arbore Hugo Wolf sur ce portrait, emploierait pareils qualificatifs à son égard.
Sachant, qui plus est, que le compositeur a laissé à sa postérité à travers le délicat genre du lied – qu’il traitait avec la rigueur exigée pour une partition symphonique -, l’image, juste, d’un explorateur de l’intime, ayant mis en musique – et avec quel talent, à l’égal des Schumann, Schubert et autres Brahms – les œuvres des plus grands poètes allemands tels que Goethe ou Eichendorff.
Rien, au demeurant, de nature à laisser supposer un esprit porté à la gaudriole, n’est-ce pas ?

Et pourtant, qu’on écoute sa « Sérénade italienne » en Sol majeur composée en 1887, en un seul mouvement pour quatuor à cordes, ou sa version ultérieure de 1892 pour petit ensemble à cordes, et, le regard pétillant de plaisir, nous n’aurons aucun mal, pour évoquer ce grand musicien, à fleurir notre vocabulaire de ces heureux épithètes.

Le paradoxe :

Hugo Wolf écrit cette œuvre alors qu’il n’a jamais encore visité l’Italie. Comme Tchaïkovski écrivant son Capriccio italien, l’italianité de Wolf n’est pas issue d’une expérience directe, mais de l’imagination et des livres. Partant, certains traits ironiques, parfois trop bondissants, de cette « Sérénade » pourraient sembler outrés, voire factices, mais la sincère affection et la jubilation que Wolf exprime également dans les deux versions de son œuvre devraient l’absoudre de toute velléité irrespectueuse.