
À peine
À peine si le vent retrousse un peu la mer,
Fait mousser sur son bleu un coin de jupon blanc.
À peine si le sang à ton front quand tu dors
Compte tout doucement l’aller-retour du temps.
À peine si les cris des enfants sur la plage
Se mélangent au flot qui chuchote ses plis.
À peine si le blanc d’un tout petit nuage
Éclabousse le bleu du ciel ourlé de gris.
À peine si j’écris, à peine si tu dors,
À peine s’il fait chaud, à peine si je vis.
Et je ferme les yeux croyant laisser dehors
Tout ce qui n’est pas toi, mon amour, endormi.

Claude Roy 1915-1997
