Mais vieillir… ! – 22 – Ton souvenir

À la mémoire de Micheline

Merci de ces heures d’hier qui resteront plantées dans mon souvenir pour y refleurir souvent.

Rainer Maria Rilke – Lettres à une amie vénitienne

Le premier amour est toujours le dernier.

Dicton

Christine Mattei-Barraud dit le poème d’Albert Samain
« Ton souvenir »
Musique : Mendelssohn Lied Op. 34 N°3

Ton souvenir

Ton Souvenir est comme un livre bien-aimé,
Qu’on lit sans cesse et qui jamais n’est refermé,
Un livre où l’on vit mieux sa vie et qui vous hante
D’un rêve nostalgique, où l’âme se tourmente.

Je voudrais, convoitant l’impossible en mes vœux,
Enfermer dans un vers l’odeur de tes cheveux,
Ciseler avec l’art patient des orfèvres
Une phrase infléchie au contour de tes lèvres..

Emprisonner ce trouble et ces ondes d’émoi
Qu’en tombant de ton âme, un mot propage en moi.
Dire, oh surtout ! Tes yeux doux et tièdes parfois
Comme une après-midi d’automne dans les bois.

De l’heure la plus chère enchâsser la relique,
Et, sur le piano, tel soir mélancolique,
Ressusciter l’écho presque religieux
D’un ancien baiser attardé sur tes yeux.

Albert Samain 1858-1900

Dix ans !

Il y a dix ans, fruit de la naïve prétention de commencer bien tard un journal intime ouvert à tous vents, naissait le blog « Perles d’Orphée » prolongé, quelques années après, par son frère « De Braises et d’Ombre » nourri au même lait saturé d’émotions.

Il faudrait renaître une vie pour la peinture, une autre pour la musique, etc… En trois ou quatre cents ans, on pourrait peut-être se compléter.

Jules Renard – Journal

Par amour des arts, tous les arts, et des œuvres, ainsi que par pudeur – il me faut le reconnaître –, je décidai de laisser à mes choix esthétiques, le soin d’exprimer mes affects en invitant à chaque page, celle ou celui, auteur, poète, musicien, sculpteur, peintre, danseur, chanteur, en un mot générique non genré, artiste, qui me semblait le mieux révéler la teneur de ma sensibilité du moment.

Si je pensais alors ne m’adresser qu’à une toute petite poignée d’entre vous, en vérité quelques vieux amis, et pour un temps compté, j’ai dû, au fil des années, constater avec bonheur et fierté combien vous veniez nombreux, et de tous les pays de la terre, à ma rencontre, assidument ou occasionnellement, pour lire, voir, écouter, aimer, commenter et parfois relayer mes billets, aussi modestes fussent-ils, mais toujours frappés du sceau de la sincérité.

Pour cet accueil, pour votre générosité pendant ces dix années, merci !

MERCI !

Que ton baiser poète exalte l’évènement !

Rêvé pour l’hiver

A ***Elle

L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…

Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,
Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
Qui voyage beaucoup…

en wagon du 7 octobre 1870

Arthur Rimbaud 1854-1891

in « Cahiers de Douai » – II

 

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Les parties les plus inconvenantes d’un journal intime sont beaucoup moins les passages érotiques que les passages pieux.

Julien Green – Journal

Publié également sur « Perles d’Orphée »