Femme : mon plus beau voyage

James Christensen 1942-2017 (USA) – Sa chambre préférée
Martha Rivera-Garrido

Être amoureux, c’est…

Heureux les amoureux. Sur les montagnes russes.

Jacques Prévert – Paroles

Tout un monde d’amour éclos dans un regard.

Lamartine – La chute d’un ange – XII vision (1838)

Francisco Luis Bernardez  (Argentine 1900-1978)

« Être amoureux… »

Être amoureux, mes amis, c’est trouver le nom exact de la vie.
C’est tomber enfin sur le mot qu’il faut pour affronter la mort.
C’est retrouver la clé cachée qui ouvre la prison ou l’âme est retenue captive.
C’est respirer le vent du large qu’on respire au-delà de la chair.
C’est contempler du haut de la personne la raison des blessures.
C’est déceler dans des yeux un regard vrai qui nous regarde.
C’est écouter dans une bouche sa propre voix profondément répétée.
C’est surprendre dans des mains cette chaleur de la parfaite alliance.
C’est pressentir que, pour toujours, la solitude de notre ombre est vaincue.

Être amoureux, mes amis, c’est découvrir ou s’unissent corps et âmes.
C’est deviner dans le désert la voix cristalline d’une eau vive qui nous appelle.
C’est voir la mer du haut de la tour où est restée prisonnière notre enfance.
C’est reposer ses yeux tristes sur un paysage de cigognes et de cloches.
C’est occuper un territoire où cohabitent les parfums et les armes.
C’est dicter sa loi à chaque rose et en même temps la recevoir de son épée.
C’est prendre les sentiments pour un brasier qui jaillit du cœur.
C’est maîtriser la lumière du feu et en même temps être esclave de la flamme.
C’est comprendre la conversation intime du cœur et de la distance.
C’est trouver le chemin qui mène au royaume de la musique absolue.   […]

Estar enamorado, amigos, es encontrar el nombre justo de la vida.
Es dar al fin con la palabra que para hacer frente a la muerte se precisa.

Es recobrar la llave oculta que abre la cárcel en que el alma está cautiva.
[Es levantarse de la tierra con una fuerza que reclama desde arriba.]
Es respirar el ancho viento que por encima de la carne se respira.
Es contemplar desde la cumbre de la persona la razón de las heridas.
Es advertir en unos ojos una mirada verdadera que nos mira.
Es escuchar en una boca la propia voz profundamente repetida.
Es sorprender en unas manos ese calor de la perfecta compañía.
Es sospechar que, para siempre, la soledad de nuestra sombra está vencida.

Estar enamorado, amigos, es descubrir dónde se juntan cuerpo y alma.
Es percibir en el desierto la cristalina voz del río que nos llama.
Es ver el mar desde la torre donde ha quedado prisionera nuestra infancia.
Es apoyar los ojos tristes en un paisaje de cigüeñas y campanas.
Es ocupar un territorio donde conviven los perfumes y las armas.
Es dar la ley a cada rosa y al mismo tiempo recibirla de su espada.
Es confundir el sentimiento con una hoguera que del pecho se levanta.
Es gobernar la luz del fuego y al mismo tiempo ser esclavo de la llama.
Es entender la pensativa conversación del corazón y la distancia.
Es encontrar el derrotero que lleva al reino de la música sin tasa.

[Estar enamorado, amigos, es adueñarse de las noches y de los días.
Es olvidar entre los dedos emocionados la cabeza distraída.
Es recordar a Garcilaso cuando se siente la canción de una herrería.
Es ir leyendo lo que escriben en el espacio las primeras golondrinas.
Es ver la estrella de la tarde por la ventana de una casa campesina.
Es contemplar el tren que pasa por la montaña con las luces encendidas.
Es comprender perfectamente que no hay fronteras entre el sueño y la vigilia.
Es ignorar en qué consiste la diferencia entre pena y alegría.
Es escuchar a medianoche la vagabunda confesión de la llovizna.
Es divisar en las tinieblas del corazón una pequeña lucecita.

Estar enamorado, amigos, es padecer espacio y tiempo con dulzura.
Es despertarse en la mañana con el secreto de las flores y las frutas.
Es liberarse de sí mismo y estar unido con las otras criaturas.
Es no saber si son ajenas o si son propias las lejanas amarguras.
Es remontar hasta la fuente las aguas turbias del torrente de la angustia.
Es compartir la luz del mundo y al mismo tiempo es compartir la noche obscura.
Es asombrarse y alegrarse de que la luna todavía sea luna.
Es comprobar en cuerpo y alma que la tarea de ser hombre es menos dura.
Es empezar a decir siempre y en adelante no volver a decir nunca.
Y es además, amigos míos, estar seguro de tener las manos puras.
]

‘Coup de foudre’

Signes et indices il y eut,
illisibles, mais quelle importance.

Coup de foudre

Convaincus sont-ils, tous les deux,
qu’un sentiment soudain les avait réunis.
Belle est cette certitude
mais plus belle est l’incertitude.

Et puisqu’ils ne se sont jamais connus avant,
rien entre eux, le croient-ils, n’est jamais arrivé.
Mais qu’en pensent les rues, escaliers et couloirs
où, depuis si longtemps, ils pouvaient se croiser ?

J’aimerais leur demander
s’ils ne se souviennent pas –
peut-être, dans ce tourniquet,
autrefois, l’un et l’autre, face à face ?
quelque « pardon » dans la cohue ?
« vous faites erreur » au téléphone ?
Mais je sais bien ce qu’ils diront.
Non, rien, aucun souvenir.

Ils seraient étonnés d’apprendre
que, depuis un moment déjà,
le hasard jouait avec eux.

Pas tout à fait prêt encore
à se faire destin pour eux,
il les poussait, les éloignait,
et les croisait en chemin
pour s’écarter aussitôt
en rigolant sous cape.

Signes et indices il y eut,
illisibles, mais quelle importance.

Qui sait, il y a trois ans peut-être,
sinon mardi dernier,
une feuille avait volé
d’une épaule vers l’autre ?
On avait ramassé quelque chose de perdu ?
Un ballon peut-être, déjà
dans les buissons de l’enfance ?

Des verrous il y avait, des sonnettes
où, bien avant l’heure dite,
un toucher s’allongeait sur un autre toucher ?
Deux valises, côte à côte, au vestiaire ?
Un rêve identique, une nuit,
aussitôt effacé le matin ?

Tout début, c’est très clair,
n’est jamais qu’une suite,
et le livre des événements
toujours ouvert au milieu.

Wislawa Szymborska 1923-2012

in Vue avec un grain de sable (1996)

‘Social call’

C’est une langue si délicate le Scat
vaut mieux défaire sa cravate
pour le Scat
c’est pas le Magnificat
c’est plus facile qu’une cantate
mais faut la langue acrobate
pour le Scat

Michel Jonasz – chanson « Le Scat »

Nul besoin de téléphone portable pour un « social call ». Croyons donc les traducteurs, c’est d’une visite dont il est question. Amicale au demeurant, amoureuse, pourquoi pas ? – On n’a pas trouver plus intime que le tête à tête pour communiquer dans ces cas-là…

Oh ! On échangera bien quelques reproches au milieu des heureux souvenirs…

Mais avec un sourire jazzy, à l’ancienne, un poil de swing, un zeste de scat et du groove plein la voix, autour d’un bon vieux standard des années 1950, les choses pourraient bien ressembler aux retrouvailles de Benny Benack et Veronica Swift devant leur micro.

Pas mal, non ? Jazz is back !

I’ll wait for you tonight !  🎶 Doo be doya bop dee dee !!! 🎶

Benny

Happened to pass your doorway
Gave you a buzz, that’s all
Lately, I’ve thought lots about you
So I thought I’d pay a social call

Veronica

Do you recall the old days?
We used to have a ball

Benny

Not that I’m lonesome without you
I just thought I’d pay a social call

Veronica

I thought I’d say
Things are just swell
But to tell the truth
I haven’t been so well
And if you should try to kiss me

I promise that I won’t stall

Benny

Maybe we’ll get back together

Benny & Veronica

Starting from this incidental
Elemental
Simple social call

Benny

Do you remember all the good times that we had my baby girl?
I’ll never forget you’ve got the greatest smile in the world
Oh, my sugarplum fairy, don’t hold a grudge
I simply had to say hello once more

And am I insane
Or do I really see a world where you and I could be together, forever
When, buttercup, don’t slam the door in my face
Unless you really wanna spill my heart all over the place

Oh, I guess we’re going to spend a lot of time hanging out like this
I’m tryna break my habit of you
But, since we weren’t back together I suppose we should start anew
Dear, what do you say?

Oh! I can’t take it
My! Heart is breaking
I’m laying it on the line

If you can find it in your mind that there just a little
Itsy, bitsy, chance that you might miss me
Let’s give it a whirl

Veronica

Baby, we’ve played this game a thousand million times
I should throw your heart in jail for all of its crimes
You say that you love me and I think that it’s true
But why should I just sit at home awaiting for you

When we’re together, it’s always stormy weather
And I really feel like sittin’ on a beach, with you out of reach
Whenever you smirk, I get weak in the knees
But if you’re a jerk, I’ll tune out all of your pleas

Well I suppose just one drink couldn’t hurt
But just one, nothing more
I’m onto all of your tricks
But if you slip up, I’ll show you the door

I must be crazy, but I’m coming around
But if you do me wrong, I’ll run you out of this town
I guess that I could give you one more chance now
To prove you’re the man who can love me everyday

And never leave my side ever again

Benny & Veronica
(Scatting)

Veronica

If you should try to kiss me baby
I promise I won’t stall

Benny

Maybe we’ll get back together

Benny & Veronica

Starting from this incidental
Elemental
Simple social call

Programme de printemps…

L’usage et les conventions veulent que le début de l’année soit LA période des grandes résolutions. Ces fameux engagements importantissimes que l’on prend avec soi-même, et avec détermination, pour se prouver douze mois plus tard que l’on a été assez fort et assez libre pour ne pas s’être laissé dominer par leur dictature. N’est-ce pas ?

Non conformiste, je préfère les résolutions de printemps. C’est aussi un commencement, après tout ! Et pour ne pas bousculer ma piètre volonté vis à vis de laquelle j’ai décidé d’appliquer la plus grande clémence, j’ai préféré limiter ma « todo list » à une seule proposition. Simple, naturelle, éprouvée… et tellement agréable que la suivre n’est qu’une merveilleuse exaltation !

Quand vous la connaîtrez, je gage que vous l’adopterez aussi.

Allez « Let’s do it ! Let’s fall in love ! »

Louis Armstrong – Composition de Cole Porter (1928) – Audio

When the little bluebird
Who has never said a word
Starts to sing « Spring – Spring »
When the little bluebell
At the bottom of the dell
Starts to ring « Ding – Ding »
When the little blue clerk
In the middle of his work
Starts a tune to the moon up above
It is nature that is all
Simply telling us to fall in love…

And that’s why :

Birds do it, bees do it
Even educated fleas do it
Let’s do it, let’s fall in love

In Spain, the best upper sets do it
Lithuanians and Letts do it
Let’s do it, let’s fall in love

The Dutch in old Amsterdam do it
Not to mention the Finns
Folks in Siam do it – think of Siamese twins

Some Argentines, without means, do it
People say in Boston even beans do it
Let’s do it, let’s fall in love

Romantic sponges, they say, do it
Oysters down in Oyster Bay do it
Let’s do it, let’s fall in love

Cold Cape Cod clams, ‘gainst their wish, do it
Even lazy jellyfish, do it
Let’s do it, let’s fall in love

Electric eels I might add do it
Though it shocks ’em I know
Why ask if shad do it – Waiter bring me « shad roe »

In shallow shoals English soles do it
Goldfish in the privacy of bowls do it
Let’s do it, let’s fall in love…

Dragonflies in the reeds do it,
Sentimental centipedes do it,
Let’s do it, let’s fall in love !
……
Mosquitoes, heaven forbid, do it,
So does every katydid do it,
Let’s do it, let’s fall in love !
.

The most refined ladybugs do it,
When a gentleman calls,
Moths in your rugs do it,
What’s the use of moth balls ?

Locusts in trees do it,
Bees do it,
Even overeducated fleas do it,
Let’s do it, let’s fall in love !

The chimpanzees in the zoos do it,
Some courageous kangaroos do it,
Let’s do it, let’s fall in love !

I’m sure the giraffes on the sly do it
Heavy hippopotami do it
Let’s do it, let’s fall in love !

Sloths who hang down from the twigs do it,
Though the effort is great
Sweet guinea pigs do it,
Buy a couple and wait !

The world admits bears in the pits do it,
Even Pekingeses in the Ritz do it,
Let’s do it, let’s fall in love !

♥ ♥ ♥

Et si avec la traduction, vous préférez une voix plus douce… O combien !

Ella Fitzgerald et l’Orchestre de Duke Ellington (1956) – Audio

Quand le petit oiseau bleu
Qui n’a jamais dit un mot
Commence à chanter : « Printemps – Printemps »

Quand la petite cloche bleue
Au fond de la combe
Commence à sonner « Ding – Ding »

Quand le petit employé de bureau bleu,
Au milieu de son travail,
Entonne une mélodie à la lune au-dessus de lui

C’est la nature qui est tout,
Et qui nous invite simplement à tomber amoureux.

Et c’est pourquoi…

Les oiseaux le font, les abeilles le font !
Même les puces savantes le font !
Alors faisons-le, tombons amoureux !

En Espagne, les plus hauts seigneurs le font,
Les Lituaniens et les Lettons le font,
Faisons-le, tombons amoureux !
…..
Les Hollandais dans le vieil Amsterdam le font,
Inutile de mentionner les Finnois,
Tous au Siam le font – pensez aux jumeaux siamois !
 ….
Certains Argentins, sans le savoir, le font !
On dit que les haricots de Boston le font !
Faisons-le, tombons amoureux !
 ….
Les éponges romantiques, dit-on, le font,
Les huîtres, au fond d’Oyster Bay, le font,
Faisons-le, tombons amoureux !
 …

Les palourdes du froid Cape Cod, malgré elles, le font,
Même les méduses paresseuses le font,
Faisons-le, tombons amoureux !

Les anguilles électriques, dois-je ajouter, le font,

Même si ça les choque, je le sais,

Pourquoi demander si l’alose le fait ?
– le serveur m’en apporte les « œufs » !

Dans les bas-fonds les bancs de soles anglaises le font,
Les poissons rouges dans l’intimité de leur bocal le font,
Faisons-le, tombons amoureux !
 ….
Les libellules des roseaux le font,
Les mille-pattes sentimentaux le font,
Faisons-le, tombons amoureux !
 …

Les moustiques, privés du paradis, le font,
Ainsi que chaque cricket,
Faisons-le, tombons amoureux !

Les coccinelles les plus raffinées le font
Quand un gentleman appelle,
Les mites de vos tapis le font,
– A quoi servent les boules anti-mites ?

Les sauterelles dans les arbres le font,
Les abeilles le font,
Même les puces super dressées le font,
Faisons-le, tombons amoureux !

Les Chimpanzés dans les zoos le font,
Quelques courageux Kangourous le font,
Faisons-le, tombons amoureux !
 …

Je suis sûr que les girafes, en douce, le font,
Les lourds hippopotames le font,
Faisons-le, tombons amoureux !

Les paresseux pendus aux branches le font,
Même si l’effort est énorme, les doux cobayes le font,
Achetez-en un couple et attendez !

Tous admettent que les ours dans les fossés le font,
Même les pékinois du Ritz le font,
Alors faisons-le, tombons amoureux !

« Let’s do it ! Let’s fall in love ! »   ♥ ♥ ♥