Mais vieillir… ! – 33 – Seul ?…

Depuis que je m’habite

Hé l’oiseau, où vas-tu ?
Et toi mon rire, où te caches-tu dans cette cohue ?
Tant de chats, tant d’amours dont je cherche les noms,
tant de jours à remettre dans l’ordre,
j’ai vu un tableau si profond que je m’y suis perdu.
Manque de perspective ?
Depuis que je m’habite,
à trop être en moi je m’égare, est-ce l’âge ?
Tout devient aussi grand que le vide,
j’y perds des mots, des jours, et l’heure file.
.
En rang les mots !
En ordre les jours !
Vite, mon calendrier s’effrite,
trop de bruit dans ma tête,
ça fait désordre,
avez-vous vu mes rêves ?
.
Je voudrais être un bruit posé sur un arbre
et retenir les chants d’oiseaux.
Où sont passées les comptines d’enfance ?
La musique est en ruine,
Pierrot ne chevauche plus la lune,
sa plume ne sait plus le chemin de l’encrier.
.
Perdu parmi tous mes habitants,
je ne suis plus seul,
et je ne suis plus celui qui parle le plus haut.
À être un homme multiple,
je me divise,
me brouille.
Ne parlez pas tous ensemble !
Laissez-moi me chercher,
je veux retrouver un coin d’enfance
et l’habiter seul,
m’y retrouver, et fermer la porte.
.
Où sont donc les odeurs joyeuses
qui habitaient la cuisine ?
Maman n’est plus là,
les hirondelles sont parties.
.
Bruits, mots et jours du passé,
je ne suis plus celui
qui n’était jamais content,
celui qu’une règle de trois
faisait basculer
quand nous étions plus de deux.
.
Et si je suis seul,
si vous ne me parlez plus,
qui répondra à mes questions ?
.
Hé, l’hirondelle, reviens,
et dis-moi qui, là-bas,
habite ma maison !
J’ai perdu le chemin d’enfance.
.
Quand je nous aurai quittés,
pourrai-je encore nous parler ?

Publié par

Avatar de Inconnu

Lelius

La musique et la poésie : des voies vers les êtres... Un chemin vers soi !

10 commentaires sur “Mais vieillir… ! – 33 – Seul ?…”

  1. Suis très très émue par ce poème et par la lecture magnifique que tu en donnes…
    C’est par Ile Eniger que j’ai connu ce poète d’une force d’autant plus évidente que ses mots sont d’une simplicité merveilleuse…
    Merci , merci Lélius de ce choix.

    Aimé par 1 personne

    1. Il existe en effet une très forte relation amicale et littéraire entre Ile et Jean-Michel Sananès (éditeur privilégié des ouvrages de son amie au travers des Éditions Chemins de Plume).

      « Simplicité merveilleuse » dis-tu. Léonard de Vinci disait de la simplicité qu’elle était la « sophistication suprême », témoignage ultime de la maîtrise.

      La simplicité, le plus sûr chemin pour dire justement le vrai.

      Merci d’avoir été aussi sensible à mon choix.

      Aimé par 1 personne

    1. Vos guillemets me confirment dans mes doutes initiaux (non encore vraiment levés) : « accommodation » aurait peut-être été plus juste ? L’important est préservé, nous nous sommes compris…

      Merci encore !

      Aimé par 1 personne

      1. Accommodement, cela me convient aussi. Personne n’interdit de construire des mots nouveaux. J’aime bien pouvoir composer avec les sons qui me permettent d’exprimer une notion singulière. Par exemple, j’ai inventé le mot brumageux qui m’a toujours paru être un joli néologisme… Après tout beaucoup de mots nouveaux finissent par s’imposer dans la langue familière !

        Aimé par 1 personne

        1. Pour moi, l’accommodation évoque la fonction du cristallin qui peut se déformer pour accommoder la vision de près ou de loin mais peut-être y a-t-il d’autres sens, sûrement même. J’aime bien ces discussions sur les mots…

          Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.