Fulgurances – XLVII – La grâce – Le don

Toute beauté brûle à petit feu, et se défait
avec tendresse, lentement, comme l’aster,
gloire de l’automne, et l’iris si fragile
qu’il faut le transporter dans ses langes.
Les chatoyantes ainsi se changent, se déguisent
en leurs couleurs aux odeurs de délices.
Certaines ne s’ouvrent que la nuit
On les dirait pressées de disparaître,
de s’effacer. La créature belle,
la grâce, la pensée, ne peut jamais
s’appartenir, elle consume son éclat
pour tout remettre à qui s’en vient vers elle.
Peut-on posséder un regard ? un baiser ?
Et celui qui l’accueille remet l’offrande
à l’instant qu’il la reçoit. La source
de ce don ne garde rien d’elle-même,
puisqu’elle n’existe que par son abandon.

L’art, la manière et… la grâce

Fallait-il, comme le prétendait jadis mon père, que Dieu fût de bonne humeur lorsqu’il créa l’Italie.

Tenez, par exemple : Sur la route de Gallipoli une Tarentule ou pire, une Veuve noire, vous a mordu. Le poison rend vos chances de survie bien ténues… Mais rien n’est vraiment perdu : Engagez-vous jusqu’à la transe dans une danse rituelle effrénée, la « tarentelle »,  et peut-être réussirez-vous, en exorcisant ainsi la mélancolie qui vous envahit, à convaincre, par la séduction, le mortel insecte de vous épargner.

Ah ! Vous ne savez pas danser… Eh bien, prenez une guitare canadienne, choisissez un compositeur autrichien et, en virtuose russe jouez la « pizzica » qu’il a écrite…

Si vous parvenez à imiter le modèle, l’araignée me l’a juré, vous n’aurez vraiment plus rien à craindre !

Vera Danilina interprète  – quel mot serait plus juste ? -,
« Tarentella »
de Johan Kasper Mertz
(guitariste et compositeur autrichien – 1806-1856)