Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
De tout, il resta trois choses : la certitude que tout était en train de commencer, la certitude qu’il fallait continuer, la certitude que cela serait interrompu avant que d’être terminé. Faire de l’interruption un nouveau chemin, faire de la chute un pas de danse, faire de la peur un escalier, du rêve, un pont, de la recherche… une rencontre.
Fernando Sabino 1923-2004
Brésil
Certeza
De tudo ficaram três coisas… A certeza de que estamos começando… A certeza de que é preciso continuar… A certeza de que podemos ser interrompidos antes de terminar… Façamos da interrupção um caminho novo… Da queda, um passo de dança… Do medo, uma escada… Do sonho, uma ponte… Da procura, um encontro!
Le mystère des choses, où donc est-il ? Où donc est-il, qu’il n’apparaisse point pour nous montrer à tout le moins qu’il est mystère ? Qu’en sait le fleuve et qu’en sait l’arbre ? Et moi, qui ne suis pas plus qu’eux, qu’en sais-je ? Toutes les fois que je regarde les choses et que je pense à ce que les hommes pensent d’elles, je ris comme un ruisseau qui bruit avec fraîcheur sur une pierre.
Car l’unique signification occulte des choses, c’est qu’elles n’aient aucune signification occulte. Il est plus étrange que toutes les étrangetés et que les songes de tous les poètes et que les pensées de tous les philosophes, que les choses soient réellement ce qu’elles paraissent être et qu’il n’y ait rien à y comprendre.
Oui, voici ce que mes sens ont appris tous seuls : – les choses n’ont pas de signification : elles ont une existence. Les choses sont l’unique sens occulte des choses
Fernando Pessoa 1888-1935
In
« Le gardeur de troupeaux et les autres poèmes d’Alberto Caeiro »
Traduit du portugais par Armand Guibert
Editions Gallimard, 1960
O mistério das cousas, onde está ele? Onde está ele que não aparece Pelo menos a mostrar-nos que é mistério? Que sabe o rio disso e que sabe a árvore? E eu, que não sou mais do que eles, que sei disso? Sempre que olho para as cousas e penso no que os homens pensam delas, Rio como um regato que soa fresco numa pedra.
Porque o único sentido oculto das cousas É elas não terem sentido oculto nenhum, É mais estranho do que todas as estranhezas E do que os sonhos de todos os poetas E os pensamentos de todos os filósofos, Que as cousas sejam realmente o que parecem ser E não haja nada que compreender.
Sim, eis o que os meus sentidos aprenderam sozinhos: — As cousas não têm significação: têm existência. As cousas são o único sentido oculto das cousas.